Environ 10 000 patients non inscrits à la Clinique médicale Val-Bélair ne pourront plus bénéficier de son service de sans rendez-vous à compter du 1er avril.

La clé sous la porte du sans rendez-vous 

Incapable de se qualifier comme superclinique, faute de médecins, la clinique réseau de Val-Bélair devra se résoudre à fermer son service de sans rendez-vous le 1er  avril prochain et à se replier sur son statut de GMF réservé à ses 26 000 patients inscrits.
Les deux seuls médecins prévus pour le sous-territoire Laurentien et Val-Bélair-Loretteville dans le Plan régional d'effectifs médicaux (PREM) 2017 iront à Neufchâtel et à L'Ancienne-Lorette. À titre de comparaison, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a prévu neuf médecins pour Lebourgneuf, un secteur déjà fort bien pourvu en termes d'effectifs médicaux mais où un projet de superclinique est en construction.
«Nous, on avait prévu demander une dérogation au ministre pour les heures d'ouverture, mais il ne veut pas les réduire. Sans dérogation, il est clair qu'on va être obligé de fermer le sans rendez-vous aux patients non inscrits [ils sont environ 10 000] parce qu'il nous manque trop de médecins pour couvrir les heures étendues exigées par le ministre», se désole une des neuf médecins de la Clinique médicale Val-Bélair, la Dre Sophie Claude.
Résultat : les patients non inscrits au GMF devront se rabattre sur l'Hôpital Chauveau à compter du 1er avril, soit un an plus tôt que prévu, le ministre ayant décidé de devancer l'échéance du financement des cliniques réseau pour les forcer à adhérer à son impopulaire programme de supercliniques. 
La clinique ProActive Santé, au centre-ville de Québec, a le même problème d'effectifs. À l'instar de la Clinique médicale Val-Bélair, elle ne remplit pas les exigences actuelles du programme de supercliniques, même si elle figure sur la carte du ministère de la Santé comme l'un de ces éventuels établissements. À moins d'avis contraire de la part du ministre, donc, elle perdra elle aussi son financement de clinique réseau le 1er avril. 
Manque d'ouverture
À l'autre bout du spectre, des cliniques comme la Cité médicale et la Clinique médicale Saint-Louis auraient ce qu'il faut pour être supercliniques, mais ne souhaitent pas le devenir dans les conditions actuelles. Comme d'autres cliniques réseau, elles jugent les ressources humaines et financières proposées insuffisantes, et en ont contre les heures étendues la fin de semaine.
La responsable de la clinique réseau Saint-Louis, la Dre Louise Caron, rappelle qu'on exige déjà énormément des médecins, qui doivent notamment atteindre un taux d'assiduité de 80 %.
«Il faut faire de l'accès adapté pour se rendre disponible auprès de nos patients, vider le guichet d'accès à un médecin de famille, faire du sans rendez-vous [...]. Un moment donné, il faut permettre aux médecins de finir à des heures qui ont de l'allure la fin de semaine si on veut qu'ils soient avec leurs patients le lundi matin», plaide la Dre Caron.
La médecin reproche par ailleurs au ministre son manque d'ouverture et sa manie de prendre des décisions «unilatéralement». «On n'a pas senti qu'on avait le pouvoir de négocier. Personne ne peut accepter de travailler dans ce contexte-là», dénonce la Dre Caron. 
«C'est dommage de briser un système qui fonctionne à merveille avec des équipes en place déjà établies. Ça ressemble à une lutte de pouvoir où le public est perdant», ajoute-t-elle, tout en soulignant que «les cliniques réseau, ça ne coûte rien au gouvernement à côté de l'hôpital». «C'est vraiment un bon deal. Le ministre devrait prendre le temps de s'asseoir avec nous pour voir comment ajuster les besoins de chacun», insiste-t-elle.
Si la dizaine de cliniques réseau de Québec fermaient le 1er avril, ce sont entre 150 000 et 200 000 patients par année qui perdraient leurs services de sans rendez-vous et qui risqueraient de se retrouver à l'urgence, calcule la Dre Caron.
Le Mesnil et Charlesbourg sur les rangs
Du côté des cliniques réseau Le Mesnil et Charlesbourg, on a finalement déposé des demandes pour adhérer au programme des supercliniques. Mais le président-directeur général des deux établissements, Éric Caron, ne l'a pas fait de gaieté de coeur, les conditions actuelles du programme ne l'enchantant pas lui non plus. 
Dans son cas, c'est la perspective de voir ce qu'il a mis avec son équipe des années à bâtir disparaître au profit des promoteurs de MAclinique, qui veulent ouvrir une superclinique à moins de deux kilomètres du Centre médical Le Mesnil, qui l'a convaincu de lever la main, le ministre ayant martelé à plusieurs reprises qu'il n'y aurait pas deux supercliniques l'une à côté de l'autre et que ce serait «premier arrivé, premier servi». 
Ni le CIUSSS de la Capitale-Nationale ni le ministère de la Santé n'ont encore fourni de réponses à M. Caron. Or le temps commence à presser : si une clinique réseau ne devient pas superclinique, le CIUSSS devra avoir remis à ses infirmières en janvier des avis d'abolition de postes et de délocalisation. 
Tous les médecins et responsables des cliniques réseau à qui nous avons parlé sont unanimes : il est difficile de s'y retrouver avec le ministre Barrette, qui a la mainmise sur le programme des supercliniques comme sur tout le réseau. Les règles du jeu changent continuellement, les informations circulent au compte-gouttes et le ministre prend des décisions sans écouter personne et sans égard aux besoins, notamment en ce qui a trait aux PREM, déplore-t-on à l'unisson.
Une fin de semaine de temps en temps, «pas un abus», dit Barrette
Pour le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, «ce n'est pas un abus de demander aux médecins de faire une fin de semaine de 12 heures par jour une fois aux 12, 15, 16 semaines, tout dépendant du nombre de médecins dans la clinique».
«On ne demande pas aux médecins de faire toutes les fins de semaine, on leur demande d'en faire une à tour de rôle. À l'hôpital, les médecins sont de garde aux quatre ou cinq jours...» comparait le ministre de la Santé au cours d'un entretien avec Le Soleil, la semaine dernière.
Quant aux critiques voulant que les supercliniques soient sous-financées en termes de budget et de ressources - le nombre d'infirmières cliniciennes offertes serait notamment insuffisant, nous dit-on -, le ministre Barrette assure que Québec a «toute la souplesse nécessaire à leur offrir» et que «c'est un mix de professionnels adapté au type de superclinique en place qu'on leur envoie».