Selon les IPS, la surveillance des médecins n’est pas nécessaire, mais la consultation est inévitable et doit être payée.

IPS: les médecins payés inutilement, selon l'IRIS

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publie jeudi matin une étude qui soulève une fois de plus le débat sur la rémunération des médecins de famille qui supervisent des infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Dans son communiqué résumant l’étude, le think tank de gauche affirme que les IPS, en plus de profiter aux patients, «profitent aux médecins». Une «légende urbaine» qui irrite profondément la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

«En plus des patients, à qui profitent les “superinfirmières”? Pour l’IRIS, la réponse est claire : aux médecins. En cabinet privé, ceux-ci reçoivent mensuellement jusqu’à 2680 $ par mois pour «surveiller» les IPS et 2500 $ pour couvrir les frais d’exploitation liés à leur présence dans la clinique. Au total, ils touchent plus de 62 000 $ par année pour chaque IPS», affirme l’IRIS dans son communiqué.

L’auteure de l’étude, Anne Plourde, précise que «c’est plus de cinq fois le montant reçu par les médecins en établissement public, et c’est davantage que le salaire annuel des IPS se situant aux six premiers échelons». «Autrement dit, au Québec, on est en train de payer des médecins très cher pour surveiller les infirmières les mieux formées au Canada», résume la chercheure de l’IRIS.

Selon les projections de l’IRIS, c’est plus d’un demi-milliard de dollars (513,3 millions $) que les médecins auront accumulé sur 10 ans (entre 2017 et 2027) pour la surveillance des IPS et les frais d’exploitation associés.

L’IRIS estime que la volonté de la ministre de la Santé, Danielle McCann, de permettre aux IPS de poser des diagnostics sans que les patients soient vus par le médecin dans les 30 jours suivants sera «bénéfique pour le public». «Libérées du carcan des médecins, ces infirmières pourraient contribuer à désengorger les urgences et à améliorer l’accès aux services de façon générale, affirme Anne Plourde. Mais pour y parvenir, il faudra aller au-delà de ce qui est proposé par la ministre.»

L’IRIS recommande ainsi d’abolir l’exigence de surveillance médicale de la pratique des IPS. En plus de libérer du temps pour les médecins, une telle mesure permettrait selon lui d’économiser des sommes qui pourraient être utilisées plus judicieusement pour former davantage d’IPS.

Faible ratio

En 2017, le Québec se distinguait encore comme la province avec le plus faible taux d’IPS par habitant au Canada, soit 5 IPS pour 100 000, contre 22 IPS pour 100 000 habitants en Ontario, expose l’IRIS. «Nous recommandons également de mettre fin à l’allocation mensuelle pour les frais d’opération liés à la présence des IPS dans les cabinets privés. Rien ne justifie une telle allocation, surtout dans le cas des GMF, où les frais d’opération sont déjà doublement financés par une rémunération à l’acte fortement bonifiée et par des subventions du MSSS», de conclure la chercheure.

En février, une motion demandant au gouvernement de «mettre fin dans les meilleurs délais possibles à la rémunération des médecins liées à la surveillance générale des activités médicales des IPS en soins de première ligne» a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale.

Selon le porte-parole de la FMOQ, Jean-Pierre Dion, le sujet devait être à l’ordre du jour de la dernière rencontre du comité de négociations FMOQ-MSSS, mais il semble que les représentants du ministère «attendait encore le mandat du gouvernement pour négocier».

Au cabinet de la ministre de la Santé, on explique que le dossier des nouveaux pouvoirs des IPS (diagnostiquer les problèmes de santé courants et les six maladies chroniques pour lesquelles elles initient déjà des traitements) est toujours en discussion entre l’Ordre des infirmières et infirmiers et le Collège des médecins du Québec, et que «quand le changement sera en branle, le reste sera discuté».

«Nous, on est prêt à négocier de la forme [de la rémunération]. Mais c’est sûr que les médecins qui discutent de cas avec l’IPS doivent être rémunérés, au même titre que le sont tous les professionnels de la santé», réitère le porte-parole de la FMOQ.

«Légende urbaine»

Selon lui, penser que les médecins font de l’argent avec la supervision des IPS relève de la «légende urbaine». Il rappelle qu’un groupe de médecin de médecine familiale (GMF) reçoit 30 000 $ par année pour rémunérer le travail de collaboration interprofessionnelle (discussion de cas), et qu’un autre 30 000 $ est versé au GMF pour l’utilisation d’un bureau, de matériel et de personnel par l’IPS.

«Si tu as 15-20 médecins dans un GMF qui se partagent 30 000 $ par année pour discuter de cas, ça ne fait pas beaucoup par médecin. Je pense que le maximum qu’un médecin a pu toucher dans une année pour discuter de cas avec une IPS, c’est 2500 $ ou 3000 $, ce qui ne représente pas grand-chose sur une rémunération globale de 260 000 $», illustre Jean-Pierre Dion.

Quant au montant de 30 000 $ versé au GMF pour l’utilisation d’un bureau, de matériel et de personnel par l’IPS, «si l’IRIS pense que ce serait plus économique pour le gouvernement d’ouvrir des bureaux aux IPS, de payer leur loyer, leur équipement médical et leur secrétariat…» laisse tomber le président de la FMOQ.

Selon la présidente de l’Association des IPS du Québec, Christine Laliberté, si les IPS doivent consulter les médecins de famille, ce n’est pas tant parce qu’elles en ont besoin que parce que les «lignes directrices qui balisent le Règlement sur la pratique des infirmières sont ainsi faites qu’on doit plus souvent le faire». «Mais c’est sûr que, dans le temps, on va toujours avoir besoin de référer au médecin, comme un médecin de famille réfère aux médecins spécialistes», disait Mme Laliberté au Soleil en février. Selon elle, «c’est sûr qu’il faut qu’il y ait une certaine rémunération pour les médecins quand on doit discuter de cas avec eux».