Martine Gervais, qui a un trouble de la personnalité limite, décrit l’instabilité de ses émotions comme des «montagnes russes». En peu de temps, elle pouvait passer d’un état «presque euphorique» à une «crise de larmes», dit-elle. Les crises suicidaires ont été nombreuses dans sa vie.

«Intraitables» et «incapables»: le trouble de la personnalité toujours méconnu et stéréotypé

«Intraitables, insupportables, invivables, incapables.» Ces étiquettes sont souvent accolées aux personnes qui souffrent d’un trouble de la personnalité, déplore le Dr Evens Villeneuve, psychiatre au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale.

Méconnu du grand public, caricaturé dans les médias, stéréotypé par le personnel de la santé, «c’est le trouble le plus discriminé», ajoute le Dr Villeneuve. 

Mais cette discrimination n’est pas insurmontable. Aujourd’hui et demain, le Dr Villeneuve et de nombreux professionnels, chercheurs, étudiants et gestionnaires se réunissent à Québec à l’initiative du CIUSSS pour voir comment ils pourraient améliorer le sort de ceux qui composent avec un trouble de la personnalité au quotidien.

Le colloque présentera des forums de discussion, des ateliers de formation et des symposiums scientifiques portant sur une variété de thèmes liés au trouble de la personnalité, notamment l’évaluation, l’intervention, la gestion de la dangerosité, de la suicidalité et de la traitabilité, l’organisation des services de santé et l’impact des nouvelles technologies. 

C’est un défi important en santé mentale : les 10 troubles de la personnalité — limite, antisociale, histrionique, narcissique, évitante, dépendante, obsessionnelle-compulsive, schizoïde, schizotypique, non spécifié — affectent 6 % à 15 % de la population, selon Statistique Canada. 

De manière générale, les personnes qui présentent un trouble de la personnalité vivent leurs émotions avec plus d’intensité et ont des rapports plus houleux avec les autres. Martine Gervais, patiente partenaire du colloque qui s'est rétablie d'un trouble de la personnalité limite, décrit cette instabilité comme des «montagnes russes». En peu de temps, elle pouvait passer d’un état «presque euphorique» à une «crise de larmes», dit-elle. Les crises suicidaires ont été nombreuses dans sa vie. 

Le suicide est la principale cause de mortalité chez les personnes qui ont un trouble de la personnalité. Celles-ci sont aussi plus sujettes à des problèmes de santé physique. Si bien que les personnes atteintes de troubles de la personnalité de type B (histrionique, narcissique, limite et antisociale) auraient une espérance de vie plus courte que la population générale — 9 ans de moins chez les femmes, 13 chez les hommes —, selon une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en 2015. 

Pas vu «comme une vraie maladie»

Or, contrairement à la dépression, à la schizophrénie ou à la bipolarité, par exemple, le trouble de la personnalité n’est pas vu «comme une vraie maladie», note le Dr Villeneuve. Selon lui, beaucoup ignorent la souffrance qui vient avec ce trouble ou le fait qu’il est traitable. 

«Les troubles de la personnalité sont moins connus. Ce qui fait en sorte que les gens vont attribuer ça à quelqu’un qui est mal intentionné ou qui est manipulateur», souligne Claudia Savard, professeure au Département des fondements et pratiques en éducation à l’Université Laval et chercheuse qui s’intéresse aux troubles de la personnalité. 

«Le travail que nous on a, c’est de faire connaître ce trouble-là et d’envoyer le message que c’est possible de travailler avec ces gens et de les amener à être fonctionnel et à être moins souffrant», ajoute Mme Savard.

Martine Gervais croit que le personnel dans les hôpitaux aussi aurait avantage à être plus sensibilisé aux préjugés envers les personnes qui présentent un trouble de la personnalité.

Mme Gervais, 42 ans, a souvent été hospitalisée quand son trouble de la personnalité limite devenait intenable. À l’urgence, elle s’est fréquemment heurtée à des infirmiers ou des préposés qui changeaient d’attitude envers elle dès qu’ils apprenaient qu’elle souffrait de ce problème de santé mentale.

«Des fois, je rentrais [à l’hôpital], et je disais : “Je suis en contrôle, mais j’ai telle problématique”. Tout de suite, c’était la grosse panique.» 

Après trois ans de thérapie, Martine Gervais s'est rétablie. Elle participe au colloque pour «redonner au suivant» et espère que son message atteindra à la fois ceux qui travaillent en santé mentale et le grand public. 

«Je voudrais qu’ils sachent qu’il y a une réelle souffrance. Que dans le fond, ces gens-là [qui ont un trouble de la personnalité] devraient être écoutés, que c’est possible d’arriver à un rétablissement même si c’est difficile. Que les préjugés sont un obstacle au rétablissement.»