Infirmières: l'obligation d'un bac n'aggravera pas la pénurie

L'obligation pour les futures infirmières d'avoir une formation universitaire n'entraînera pas ou n'aggravera pas la pénurie d'infirmières au Québec, selon la présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Gyslaine Desrosiers. Elle croit que le changement pourrait avoir un effet contraire.
«Ça ne s'est pas produit dans les autres provinces du Canada où la formation universitaire est obligatoire et nulle part ailleurs. En Suisse, ils ont même eu une augmentation de 50 % dans les inscriptions quand le baccalauréat est devenu obligatoire», a-t-elle affirmé au cours d'un entretien téléphonique avec Le Soleil.
Mme Desrosiers répondait ainsi aux appréhensions soulevées cette semaine par des représentants syndicaux d'enseignants de cégep qui craignent qu'une formation plus longue des infirmières décourage des étudiantes à s'inscrire.
«L'année où on a annoncé un DEC-bac sur cinq ans, on a eu 30 % d'admissions de plus. Actuellement, on a de 40 à 45 % des jeunes infirmières qui étudient quasiment à plein temps en finissant leur DEC», a-t-elle souligné. Un DEC-bac est l'abréviation d'un diplôme d'études collégiales sur trois ans combiné avec un baccalauréat sur deux ans après que l'université eut reconnu 20 crédits d'un DEC.
Par ailleurs, la proposition de l'Ordre votée au dernier congrès ne revient pas à vouloir faire disparaître la formation collégiale des infirmières.
«On veut garder l'infrastructure d'enseignement collégial pour un programme de cinq ans après le secondaire, avoir un plus grand nombre d'heures de formation et un grade universitaire», a affirmé Mme Desrosiers.
Pas de retour à l'école
La présidente de l'Ordre a précisé que l'obligation d'une formation universitaire ne sera imposée qu'aux nouvelles infirmières. «Personne ne va retourner sur les bancs d'école», a-t-elle assuré.
Elle a déploré le clivage entre les infirmières techniciennes et les universitaires. «C'est une différence qui amène un peu d'amertume chez les infirmières de cégep. On veut vraiment que celles qui ont un cours collégial se sentent respectées. La question est de s'entendre sur ce que ça prend pour notre relève pour faire face aux défis actuels et futurs», a dit Mme Desrosiers.
Les infirmières déjà en place avec une formation collégiale seront avantagées, du moins en ce qui a trait à la rémunération.
«Au sens de la convention collective, elles deviendraient toutes des infirmières cliniciennes comme si elles avaient fait des études universitaires. On reconnaîtrait leur expérience. C'est ce qui a été fait dans les autres provinces», a-t-elle suggéré.
Ce changement, comme l'a anticipé l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, entraînera des coûts supplémentaires relativement à la rémunération.
Au sommet des échelles salariales, la rémunération d'une infirmière avec une formation universitaire est 25 % plus élevée que celle d'une infirmière avec un diplôme collégial. «Le ministre Bolduc fera ses calculs. Dans le moment, ce qui est important, c'est que le système de santé fonctionne. Ils [le Ministère] veulent développer les groupes de médecine familiale avec des infirmières, qu'on soigne tous les cancéreux, à peu près toutes les maladies en soins ambulatoires, et que les infirmières prennent plus de responsabilités», a fait valoir Mme Desrosiers.
Par contre, les établissements de santé pourraient y trouver leur compte en employant davantage d'infirmières auxiliaires pour donner les soins de base effectués présentement par les infirmières.