Une étude réalisée récemment à l'Université Yale conclut que l'administration de canneberge en capsules chez des femmes de 65 ans et plus n'aide pas à prévenir les infections urinaires.

Infections urinaires: l'efficacité de la canneberge mise en doute

Contrairement à ce que dit la croyance populaire, la canneberge ne serait pas efficace pour prévenir les infections urinaires, selon une étude réalisée récemment à l'Université Yale. Certains scientifiques demeurent toutefois sceptiques, doutant de la méthodologie employée pour en arriver à cette conclusion.
Publié en novembre dans le Journal of the American Medical Association, l'article conclut que l'administration de canneberge en capsules chez des femmes de 65 ans et plus n'aide pas à prévenir les infections urinaires.
L'étude a été réalisée au Connecticut sur 185 femmes de 65 ans et plus vivant dans des résidences pour personnes âgées et souffrant ou non d'infections urinaires. De ce nombre, 92 femmes se sont vu administrer deux capsules de canneberge par jour - l'équivalent de 600 millilitres de jus de canneberge - sur une période d'un an, les 91 autres femmes ayant plutôt reçu un placebo.
Après analyse, l'équipe du chercheur Peter Peduzzi en arrive à la conclusion que le nombre de femmes ayant ressenti des symptômes d'infection urinaire est sensiblement le même dans chacun des deux groupes, et ce, «malgré des études réalisées précédemment tendant à démontrer le contraire», peut-on lire dans l'article.
L'équipe de recherche de Yale justifie ces différences de résultats en invoquant notamment de possibles erreurs de méthodologie dans des études précédentes. Elle explique par ailleurs que les capsules de canneberge pourraient diminuer les symptômes d'infection urinaire pendant les six premiers mois d'administration, puis devenir inefficaces par la suite. Cette hypothèse permettrait d'expliquer les résultats contradictoires d'études réalisées sur une période de six mois ou moins.
«Passer à autre chose»
Un éditorial écrit par la chercheuse manitobaine spécialiste des infections urinaires Lindsay E. Nicolle et publié dans la même édition du Journal of the American Medical Association va dans le même sens que l'étude réalisée à Yale. Selon elle, «il est temps de passer à autre chose [it is time to move on from cranberries]».
«La promotion continuelle de la canneberge comme manière de prévenir les infections urinaires semble inconsistante avec les multiples études qui démontrent le contraire et avec les erreurs de méthodologie commises par bon nombre d'études concluant en l'efficacité de la canneberge. Cette promotion continuelle semble aller à l'encontre des faits scientifiques et du raisonnement rationnel», peut-on lire. «Il est probable que cette tendance à promouvoir l'utilisation de produits naturels serve plutôt à éviter les interventions médicales et à donner un sentiment de pouvoir aux femmes souffrant d'infections urinaires récurrentes.»
Et elle va plus loin: «Les cliniciens ne devraient pas laisser entendre que les produits de canneberge peuvent avoir des bénéfices sur la prévention des infections urinaires. Ceux qui le font ne rendent pas service à leurs patients.»
Conclusions hâtives
Le discours est tout autre de la part de Laurent Bazinet, professeur à l'Université Laval au Département des sciences des aliments et de nutrition. «Je trouve que les conclusions [tirées à la suite de cette étude] sont un peu hâtives. [...] Il y a quand même des choses bizarres dans cette étude-là.»
À ses yeux, le fait que seules des femmes âgées de 65 ans et plus aient fait partie de l'expérimentation amenuise la signification des résultats. «C'est juste une petite portion de la population qui a été testée.» De plus, il fait remarquer que les sujets n'étaient pas nécessairement en bonne santé et que certains sont même morts durant l'année qu'a duré l'étude, diminuant ainsi «la force statistique».
L'efficacité du jus de canneberge pour prévenir les infections urinaires, «moi, j'y crois», dit-il. «Le jus de canneberge brut, ça a été démontré que ça fonctionnait.»
Selon l'expert en transformation des canneberges et ses effets sur la santé, tirer des conclusions sur l'utilité du jus de canneberge à partir d'une étude réalisée à partir de capsules de canneberge, «c'est comme comparer des pommes avec des poires».
Avant les antibiotiques
Les vertus attribuées à la canneberge pour prévenir - et non pas traiter - les infections urinaires remontent à la période préantibiotique. À l'époque, on recommandait de consommer du jus de canneberge pour acidifier l'urine, et ainsi inhiber la croissance bactérienne dans le tractus urinaire.
Depuis, des études ont toutefois démontré qu'une quantité très importante de jus de canneberge devait être consommée afin d'abaisser le pH de l'urine suffisamment pour avoir un effet antibactérien.
Plus récemment, des scientifiques ont émis l'hypothèse qu'une molécule antioxydante présente dans la canneberge, la proanthocyanidine, permettrait d'empêcher l'adhérence des bactéries aux parois du tractus urinaire. À ce jour, il n'a toutefois pas été démontré que cette molécule pouvait bel et bien jouer un rôle chez l'humain.