La majorité des lits d’hospitalisation en psychiatrie de la région se trouvent à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec, qui héberge actuellement une centaine de patients.
La majorité des lits d’hospitalisation en psychiatrie de la région se trouvent à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec, qui héberge actuellement une centaine de patients.

Hospitalisation en psychiatrie: des patients «de second ordre», dénoncent des psychiatres

Des psychiatres dénoncent que les patients hospitalisés à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ) soient considérés comme des patients «de second ordre», alors qu’ils n’ont pas accès aux mêmes soins physiques que dans les hôpitaux généraux.

En plus d’avoir fermé les 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a transféré une trentaine de lits de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus vers l’IUSMQ. Désormais, la majorité des lits d’hospitalisation en psychiatrie de la région se trouvent à l’ancien hôpital Robert-Giffard, qui héberge actuellement une centaine de patients. 

Dans une lettre ouverte qu’ils ont fait parvenir au Soleil, une quarantaine de psychiatres soulignent que les soins physiques sont moindres à l’IUSMQ. «L’exemple le plus criant est que la couverture du code bleu [code lancé lorsqu’il y a un arrêt cardiorespiratoire] est maintenant de niveau intermédiaire. Les chariots de code, chariots contenant le matériel nécessaire pour réanimer quelqu’un, ont donc été retirés de tout l’IUSMQ. Il n’y a plus de moniteurs cardiaques», dénoncent-ils.

Ainsi, si un patient fait un arrêt cardiorespiratoire, les médecins sur place devront appeler une ambulance puisqu’ils ne sont plus équipés pour y répondre. «Accepteriez-vous d’être hospitalisé en neurologie sachant qu’il n’y aurait plus de possibilité de vous réanimer adéquatement rapidement? Pourquoi est-ce acceptable en psychiatrie?» demandent les médecins.

En entrevue au Soleil, une des signataires de la lettre qui a préféré ne pas être identifiée souligne que les patients hospitalisés à l’IUSMQ ont autant besoin de soins physiques que psychiatriques. «Ce sont les cas les plus lourds, les plus malades qui y sont hospitalisés. Ils ont souvent moins accès à un médecin de famille quand ils sont à l’extérieur, prennent moins soin de leur santé, consomment du tabac, de la drogue...» expose la psychiatre.

Selon elle, ce sont deux défibrillateurs cardiaques «de type aréna» qui remplaceront les chariots de code. Et ce n’est que «la pointe de l’iceberg», dit-elle.

Dans un courriel envoyé le 23 décembre aux médecins exerçant à l’IUSMQ, le directeur des services professionnels du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Martin Lafleur, annonce la cessation des examens d’échographie et des examens sous fluoroscopie à l’installation du chemin de la Canardière, précisant qu’un corridor de services a été défini avec le service d’imagerie médicale de l’Enfant-Jésus. 

Dans leur lettre, les psychiatres déplorent que pour les demandes de laboratoire, d’imagerie et de consultation, les patients sont considérés comme des patients de clinique externe. «Ils ne sont pas priorisés, car ils sont physiquement à l’extérieur des hôpitaux et les délais sont longs», dénoncent-ils.

«Les patients hospitalisés en psychiatrie ont dont été sortis des hôpitaux généraux et ont maintenant moins de soins et de services que ceux hospitalisés dans toutes les autres disciplines», s’indignent les médecins. 

Les meilleures pratiques, selon le CIUSSS

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on précise avoir révisé les codes et procédures d’urgence dans tous les milieux. «Ce qui a été convenu pour l’IUSMQ, c’est de mettre en place un code bleu de niveau intermédiaire» parce que les conditions le justifiaient, explique Sylvie Bonneau, directrice des soins infirmiers et de la santé physique au CIUSSS. 

«C’est un milieu où il n’y pas d’urgence, où il y a des équipes d’infirmières 24 heures sur 24, et où on peut faire des interventions très sécuritaires : massage cardiaque, défibrillation et transfert rapide vers un établissement approprié. […] On est vraiment dans les meilleures pratiques, qui commandent de faire, dans tous les milieux où il n’y a pas d’urgence ou de médecin 24 heures sur 24, un massage cardiaque le plus tôt possible, de défibriller et de transporter le patient vers l’hôpital le plus approprié pour le prendre en charge», insiste Mme Bonneau. 

Avant de réviser les procédures d’urgence à l’IUSMQ, des spécialistes, notamment un urgentologue et un cardiologue, ont été consultés, mentionne Sylvie Bonneau. «On a tout intérêt à établir les mesures les plus sécuritaires possible.»

Selon elle, la fréquence des arrêts cardiorespiratoires serait «très faible» à l’IUSMQ. «Une équipe qui n’est pas exposée ne peut pas agir avec compétence», fait valoir Mme Bonneau, tout en soulignant que de toute façon, l’IUSMQ est un institut de santé mentale, «pas une urgence».