La présidente du syndicat qui représente les infirmières et autres professionnels de l'Enfant-Jésus juge inacceptable de laisser des patients trop longtemps dans la salle de réveil.

Hôpital de l'Enfant-Jésus: des heures d'inconfort en salle de réveil

«C'est vraiment inhumain. Des patients n'en peuvent plus. Ils pleurent. Ils veulent une chambre. Ils ont des douleurs. Ils doivent rester couchés sur une civière dure comme un bloc de ciment parce qu'il n'y a pas de chambres disponibles.»
Ces propos sont ceux d'une personne bien informée de la situation vécue à la salle de réveil postopératoire de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus depuis près de deux mois. Au lieu d'un séjour d'une heure ou deux après avoir été opérés, des patients doivent maintenant attendre plusieurs heures avant d'être dirigés vers une chambre. Parfois, certains doivent y passer la nuit. Depuis le début de l'année, 56 d'entre eux ont été contraints à un séjour nocturne.
La présidente du syndicat qui représente les infirmières et autres professionnels de l'Enfant-Jésus juge cette pratique tout à fait inacceptable. «Aimeriez-vous vous réveiller à côté de quelqu'un qui est intubé sur une civière? Pour le commun des mortels, quand tu entres dans une salle de réveil et que tu vois des patients endormis, c'est pas une atmosphère que l'on a envie de voir. Il y en a qui sont malades, qui vomissent, qui ont de la misère à respirer», a expliqué Nancy Bédard, dans un entretien avec Le Soleil.
Selon Mme Bédard, les patients opérés doivent plutôt être amenés rapidement dans une chambre après leur réveil. Dans les chambres, les patients peuvent recevoir des soins appropriés à leur état. «La salle de réveil n'est pas organisée pour donner tous les soins. Des patients ont besoin de voir un physiothérapeute, un inhalothérapeute. Il ne faut pas faire semblant que ce sont des soins intensifs à la salle de réveil», a-t-elle ajouté.
Il serait même difficile pour les patients à la salle de réveil de prendre un repas. «L'employeur dit que même si le patient couche à la salle de réveil, il va avoir son repas. Ce n'est pas ce que mon monde me dit. Ils me disent que les patients ont faim. Les patients ne sont pas capables d'avoir des repas. Le personnel a de la misère à avoir un sandwich pour des gens. Pourtant, les patients n'ont pas mangé depuis plusieurs heures», a déploré Mme Bédard.
La longue attente à la salle de réveil se fait dans l'inconfort, sur des civières étroites. «Une civière postopératoire, ce n'est pas un lit d'hôpital avec un matelas. Je ne voudrais pas voir quelqu'un de ma famille passer une journée et une nuit sur une civière», a-t-elle dit.
Selon la représentante syndicale, des familles sont très irritées de voir leur parent, un proche, stationné dans la salle de réveil. «Il ne faut pas banaliser ça. Il va arriver quelque chose. Ce n'est pas comme ça qu'on veut servir notre clientèle. Les familles pourraient nous en dire plus sur ce qu'elles ont vécu à la salle de réveil», a-t-elle ajouté.
Chirurgies à reporter
Selon Mme Bédard, la façon de revenir à la normale à la salle de réveil postopératoire serait de réduire le nombre de chirurgies en fonction des chambres disponibles au risque de mécontenter des médecins. «Ce qu'il faut faire quand il n'y a plus de lits, malheureusement, c'est d'annuler des chirurgies qui ne sont pas urgentes ou de mettre de la pression pour sortir des patients en attente d'un hébergement», a-t-elle avancé.
Or, réduire les chirurgies non urgentes ferait augmenter les listes d'attente. La présidente du syndicat croit que la direction de l'hôpital est plus préoccupée d'avoir des listes d'attente conformes aux directives du ministère de la Santé. «Ce qu'on subit à la salle de réveil, c'est une façon cachée d'améliorer la performance au détriment des soins aux patients», a-t-elle soutenu.
Mme Bédard est inquiète de la tendance à la productivité que veut instaurer le gouvernement en prenant l'exemple des longs séjours à la salle de réveil de l'Enfant-Jésus. «C'est une gestion de performance, de productivité, comme le financement à l'activité que l'on veut mettre en place. C'est épouvantable. Ça peut avoir du bon, mais il y a des lumières rouges. Le système pourrait déraper avec une telle façon de produire.»
La direction syndicale est intervenue une première fois avant les Fêtes auprès de la direction du CHU de Québec pour s'opposer aux pratiques à la salle de réveil de l'Enfant-Jésus.
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Les patients bien soignés, dit le CHU
Le CHU de Québec rejette catégoriquement les allégations voulant que des patients à la salle de réveil de l'Enfant-Jésus ne reçoivent pas tous les traitements appropriés à leur état.
«Il est faux de prétendre que les patients coucheurs [qui passent une nuit à la salle de réveil] sont en douleur ou mal soignés. Ces patients sont suivis directement par les anesthésistes et leurs douleurs sont complètement contrôlées. Ces patients reçoivent la même qualité de soins que sur l'unité d'hospitalisation», a soutenu un porte-parole du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec.
On a toutefois reconnu qu'on l'on cherchait à annuler le moins possible de chirurgies et de respecter les délais dictés par le ministère de la Santé pour effectuer les opérations chirurgicales.
Séjours prolongés
On rappelle que le manque de lits à l'Enfant-Jésus est lié en partie au séjour prolongé de personnes âgées après une chirurgie. «Nous avons entrepris une revue des processus en chirurgie afin d'améliorer l'accès aux lits de chirurgie et de diminuer les durées moyennes de séjour de nos patients hospitalisés», a-t-on ajouté.
Par ailleurs, la direction du centre hospitalier nie qu'une directive ait été émise pour prolonger le séjour de patients à la salle de réveil pour permettre à des malades à l'urgence d'avoir un lit d'hospitalisation plus rapidement. «Les patients à l'urgence sont en attente d'un lit sur les étages pour une hospitalisation sur une unité de médecine», a-t-on précisé. Depuis le début de janvier, on a confirmé que 56 patients ont dû passer une nuit à la salle de réveil.