Les pharmaciens négocient avec le ministère de la Santé les honoraires qu'ils toucheront pour les nouveaux services à dispenser.

Honoraires contestés: les pharmaciens répliquent

Renouveler des ordonnances tous les trois mois au lieu de le faire mensuellement pour réaliser des économies n'est pas une solution miracle, selon le président de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires, Jean Thiffault.
«Si on pense qu'on va sauver deux honoraires à tous les trois mois en faisant ça, c'est faux. C'est un peu simpliste de penser ça», a-t-il commenté, mercredi, au Soleil. M. Thiffault réagissait aux propos du premier vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens, le Dr Marc-André Amyot, qui a suggéré un renouvellement de certains médicaments aux trois mois par mesure d'économie.
«Lorsqu'un patient prend un antihypertenseur depuis cinq ans, est-ce que le pharmacien a besoin de renouveler sa prescription tous les mois et de facturer des honoraires alors qu'il pourrait le faire tous les trois ou quatre mois, comme c'est le cas dans d'autres provinces? Ces renouvellements mensuels coûtent une fortune à la province. Le gouvernement aura-t-il le courage de s'attaquer à ce problème?» a-t-il demandé.
Selon M. Thiffault, un renouvellement aux trois mois impliquerait une remise en question de tout le modèle de rémunération des pharmaciens. «J'ai été très surpris par les propos du Dr Amyot. S'il pense qu'on peut passer d'une ordonnance d'un mois à trois mois sans rien ajuster dans la rémunération, il se trompe. C'est comme si je disais aux médecins qu'on va changer leur modèle de rémunération sans compenser ailleurs. Ça ne fonctionne pas comme ça. C'est un tout, une rémunération», a-t-il soutenu.
Il estime que le modèle de rémunération des pharmaciens au Québec se compare à ce qu'on trouve dans d'autres provinces, bien qu'il y ait des ordonnances renouvelées aux trois mois. «Dans les endroits où ils ont le service aux 90 jours, ils ont des mesures pour compenser notamment des frais administratifs liés au prix du médicament. Il n'y a rien pour rien. On n'est pas une aberration en pharmacie au Canada. Le coût total pour servir les médicaments se ressemble un peu partout au Canada avec certaines particularités au modèle qu'on s'est donné», a expliqué le président de l'Association.
Par ailleurs, M. Thiffault a souligné que les pharmaciens propriétaires ont contribué à l'amélioration des finances publiques en vendant davantage de médicaments génériques moins coûteux depuis quelques années. «Les médicaments génériques ont vu leur prix baisser régulièrement depuis plusieurs années. Cette baisse a entraîné une perte de revenus pour les pharmaciens. Cet impact dépasse les 100 millions $. On a déjà participé à l'effort public», a-t-il avancé.
D'autre part, le président de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires s'est réjoui de l'attitude manifestée par le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, en vue de mettre en vigueur prochainement la loi 41 concernant les nouveaux services que pourront donner les pharmaciens. Les négociations sur la rémunération des nouveaux services devraient reprendre prochainement.
«Nous avons rencontré le ministre. Il y a eu une belle ouverture de sa part. On sent que le dossier est important pour lui. On est encouragé de ce côté. On sent une ouverture qui est nettement plus présente qu'avec le gouvernement précédent. Évidemment, il y a le contexte économique du gouvernement qu'il faut prendre en considération», a-t-il affirmé.
Selon les données de l'Ordre des pharmaciens, plus de 6800 pharmaciens ont suivi des sessions de formation l'an dernier pour donner les nouveaux services prévus à la loi 41. «Tout est préparé. Les ordinateurs sont programmés. Les pharmaciens ont la formation. Les règlements sont écrits. La loi est votée. C'est une question de négociation», a résumé M. Thiffault.
Parmi les nouveaux actes qui seront éventuellement permis aux pharmaciens, il y a la prolongation d'une ordonnance, son ajustement, la substitution d'un médicament en cas de rupture d'approvisionnement, la prescription d'un médicament lorsqu'un diagnostic n'est pas requis, la prescription et l'interprétation d'analyses de laboratoire.