Robert Benoit, qui souffre d'insuffisance rénale, passe 10 heures par semaine au volant de sa voiture pour aller suivre ses traitements d'hémodialyse.

Hémodialyse en Gaspésie: le cri du coeur des patients entendu

Le cri du coeur des Gaspésiens malades du rein a été entendu, dit le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie. L'établissement travaille à étendre ses services d'hémodialyse sur le territoire. De quoi donner de l'espoir à Robert Benoit, qui parcourt plus de 800 kilomètres par semaine simplement pour rester en vie.
Trois fois par semaine, ce résident de Cap-aux-Os, près de Gaspé, s'assoit au volant de son vieux Honda CR-V, qui cumule 322 000 kilomètres au compteur. L'homme de 50 ans conduit 135 kilomètres jusqu'à Chandler, seul endroit en Gaspésie où il peut suivre ses traitements d'hémodialyse. Là-bas, on le branche pendant quatre heures à une machine qui fait le travail de ses reins, soit de purifier son sang. Parti de chez lui à 9h30, il est de retour à 20h.
En plus de son insuffisance rénale, M. Benoit a des problèmes de coeur et une jambe amputée, des conséquences de son diabète. Les voyages le fatiguent et plombent ses finances. Il reçoit 650 $ par mois pour ses déplacements. De quoi couvrir ses frais d'essence, mais pas l'usure de sa voiture. 
«J'ai une "écoeurantite" aiguë de faire le voyage, dit-il. Je le fais parce que je n'ai pas le choix. Si je n'ai pas de dialyse pendant deux semaines, je meurs.»
Si l'hôpital de Gaspé offrait l'hémodialyse, la plupart de ses problèmes disparaîtraient, estime M. Benoit. «Je serais à 20 minutes de ma dialyse. Je pourrais dîner et souper à la maison. Je mangerais mieux, je serais moins fatigué et ça coûterait moins cher à l'hôpital.»
Pétition de 8500 noms
C'est aussi le rêve de Jean Lapointe, qui milite depuis 2015 pour l'hémodialyse à Gaspé. L'homme n'a qu'un seul rein, qui fonctionne à 24 % de sa capacité. Le jour où il aura besoin d'hémodialyse, il jure qu'il se laissera mourir plutôt que de quitter Gaspé. Il a amassé 8500 signatures en faveur de services dans sa ville.
Le CISSS de la Gaspésie a «bien entendu ce cri du coeur», dit la porte-parole Geneviève Cloutier. Plusieurs scénarios sont à l'étude pour rendre les services d'hémodialyse plus accessibles. Des fauteuils d'hémodialyse pourraient être installés dans les hôpitaux de Gaspé, Sainte-Anne-des-Monts et Maria. Une unité mobile, sorte de roulotte, pourrait transporter le service d'un secteur à l'autre. 
Cyrille Gibeault, de Sainte-Anne-des-Monts, est devenu le premier Gaspésien à bénéficier d'hémodialyse à domicile en décembre. Offrir ce service avec le soutien d'employés de la santé est aussi à l'étude, indique Mme Cloutier.
«L'objectif, c'est qu'en 2017, on ait un avancement significatif. Qu'on sache au moins quel scénario on met en place, même si on n'a pas le temps de tout aménager», précise-t-elle.
Pour M. Benoit, le temps presse. «Je veux savoir où ils en sont vraiment rendus avec le projet des chaises de dialyse. Je suis d'accord que ça va coûter cher. Mais ma vie, elle vaut quoi?»