Le directeur des cinq urgences de l'établissement, l'infirmier Pierre-Patrick Dupont, et le médecin coordonnateur à l'urgence de l'Enfant-Jésus, le Dr Marcel Émond. «Sur le coup, les gens restent professionnels et ne partagent pas leurs états d'âme», note Pierre-Patrick Dupont. Par la suite, des employés ont manifesté le besoin de «verbaliser» leur expérience.

Haute tension à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus

La tension était à son comble à l'urgence de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, qui a accueilli les cinq blessés graves de l'attentat. Pendant un moment, le personnel a cru qu'un tireur se trouvait à proximité du centre hospitalier.
L'anecdote est rapportée par une porte-parole du CHU de Québec, Geneviève Dupuis, et par le directeur des cinq urgences de l'établissement, l'infirmier Pierre-Patrick Dupont.
Durant la soirée, six personnes blessées par balle sont arrivées en ambulance à peu près en même temps à l'urgence de l'Enfant-Jésus. Cinq arrivaient de Sainte-Foy, l'autre, de l'avenue Bergemont, dans Limoilou. Le personnel a imaginé le pire.
«Ce qu'on avait comme information à ce moment, c'est qu'il y avait eu une tuerie à Sainte-Foy et qu'il y avait un tireur près du pont de l'île d'Orléans. Comme le blessé de Limoilou est arrivé en même temps que les autres, les gens se disaient qu'il y avait peut-être un autre tireur à proximité. On a su plus tard que ce blessé était relié à un autre événement», relate Geneviève Dupuis, ajoutant que c'est cette méprise qui explique pourquoi le CHU de Québec parlait de six blessés graves reliés à l'attentat dans son premier bilan de santé.
«Quand les gens n'ont pas d'informations, ils s'en créent. Il fallait aller aux nouvelles et la transmettre au personnel pour l'apaiser», renchérit Pierre-Patrick Dupont.
À la police de Québec, on con­firme que l'événement de l'avenue Bergemont est «totalement distinct». «À 21h11, on a reçu un appel pour un homme blessé par balle dans le bas du corps lors d'une altercation avec des suspects cagoulés qui se sont introduits chez lui», rapporte l'agent David Poitras, précisant que les suspects sont toujours au large et que le mobile reste à éclaircir.
Plus de sécurité
Pour rassurer le personnel qui quittait l'hôpital après leur quart de travail, la sécurité a été augmentée dans le stationnement. Tout comme elle l'a été à l'intérieur des murs de l'établissement. «Il fallait contrôler les accès, notamment pour les médias qui se présentaient», précise Mme Dupuis.
Selon M. Dupont, le personnel des urgences de l'Enfant-Jésus et de Saint-François-d'Assise, où ont été transportées une douzaine de personnes très légèrement blessées ou sous le choc, a agi de façon très professionnelle, malgré le stress et une certaine confusion.
«Sur le coup, les gens restent professionnels et ne partagent pas leurs états d'âme», souligne-t-il, ajoutant que des employés ont par la suite manifesté le besoin de «verbaliser» leur expérience, ce qu'ils ont eu l'occasion de faire jeudi soir, lors d'une première rencontre de débreffage.
«C'est sûr que ce genre d'événements n'est pas habituel, mais des blessés par balle, on en a déjà eus», mentionne par ailleurs M. Dupont, soulignant que le personnel de l'urgence de l'Enfant-Jésus avait déjà eu à faire face à des arrivées massives de patients, notamment à la suite des carambolages survenus à Château-Richer en mars 2015.
Ce qui est remarquable dans ces moments-là, c'est le dévouement du personnel, observe-t-il. «Spontanément, les gens appelaient pour offrir leur aide. Même à L'Hôtel-Dieu de Québec, qui n'a pas reçu de patients reliés aux événements de la mosquée, des infirmières s'offraient pour rentrer. Le sentiment de vouloir sauver des vies, ça anime les gens», dit M. Dupont.
De la théorie à la réalité
«On est bien entraînés sur papier, mais on n'est jamais entièrement préparés à faire face à ce genre de situation.»
Médecin coordonnateur à l'urgence de l'Enfant-Jésus, le Dr Marcel Émond ne s'en cache pas; en apprenant la nouvelle de la tuerie, l'équipe médicale a réagi comme tout le monde: dans la stupéfaction.
«Les gens sont touchés et ébranlés sur le coup, mais rapidement, tout le monde se mobilise», témoigne celui qui a promptement réuni l'équipe médicale des blocs opératoires, permettant une première intervention chirurgicale dans la demi-heure suivant l'arrivée des blessés.
Dans une telle situation, ajoute-t-il, les médecins savent que le goulot d'étranglement sera au bloc opératoire. «Quand j'ai appelé les chirurgiens, les anesthésistes et les intensivistes, je n'ai pas eu besoin de les convaincre de s'en venir», souligne le Dr Émond, à qui revenait aussi la charge d'évaluer sommairement les blessés à leur arrivée et de les diriger vers les bonnes unités de soins.
«On a des formations sur les arrivées massives de blessés [...]. On sait que ce qui est le plus problématique dans des événements comme ceux-là, ce sont les communications et le manque de ressources. Il faut donc toujours se préparer à recevoir le double du nombre de patients attendus au départ, ce qu'on a fait», explique par ailleurs le Dr Émond, précisant qu'il fallait au moins deux médecins et deux infirmières par patient, quitte à redistribuer ensuite les effectifs en fonction de l'état des blessés.
Comme d'autres l'ont fait avant lui, le médecin coordonnateur de l'urgence de l'Enfant-Jésus a tenu à souligner le «très grand professionnalisme» dont le personnel a fait preuve, «malgré l'émotion».
Fait à noter, le programme opératoire de l'hôpital s'est déroulé comme prévu lundi matin, aucune chirurgie n'ayant eu besoin d'être reportée.