La firme Pieridae pense à la possibilité de réaliser de la fracturation hydraulique dans le secteur Bourque, en Gaspésie, en 2019.

Fracturation hydraulique: du gaz naturel «propre», soutient l’industrie

CARLETON — L’Association pétrolière et gazière du Québec assure que la fracturation hydraulique n’est pas dangereuse pour la santé, en réponse à une tournée effectuée récemment par l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, qui recommande d’interdire toute fracturation hydraulique au Québec et ailleurs au pays.

Le porte-parole de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Éric Tétrault, opine que les médecins pour l’environnement «ont décidé à l’avance que la fracturation est dangereuse» et qu’ils «s’appuient sur des études secondaires pour l’affirmer».

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Par études secondaires, M. Tétrault entend «toutes les études qui ne représentent pas les points de vue du gouvernement du Québec et de l’EPA (Environmental Protection Agency) aux États-Unis». Affirmer que la production de gaz naturel est nocive pour la santé contreviendrait aux «résultats des 134 études, des deux BAPE et de l’Étude environnementale stratégique (EES) effectués par ou pour le gouvernement du Québec dans les sept dernières années», ajoute M. Tétrault.

Relevant les propos du docteur Éric Notebaert, à l’effet que les firmes d’hydrocarbures refusent de dévoiler la liste des produits chimiques injectés dans le sol en fracturation hydraulique, M. Tétrault note que la compagnie les met sur son site Web «depuis huit ans [et] elle a été la première à le faire au Canada».

Le Soleil a demandé où la firme Questerre évoluait et il a indiqué en Alberta. Informé que Le Soleil avait déjà tenté, sans succès, d’obtenir la liste des produits que Pétrolia-Pieridae voulait injecter dans le sol gaspésien, Éric Tétrault affirme «qu’au Québec, les compagnies invoquent le secret industriel parce qu’il n’y a pas de législation les forçant à les fournir [les produits]».

Avant d’être acquise par Pieridae, Pétrolia avait renvoyé Le Soleil à son fournisseur de produits chimiques, Schlumberger, une façon de dire non.

Le Dr Éric Notebaert soutient que les firmes d’hydrocarbures refusent de dévoiler la liste des produits chimiques injectés dans le sol en fracturation hydraulique.

«Première mondiale»

Éric Tétrault souligne que la critique de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement survient alors que «des projets de gaz propre pourraient voir le jour. Cette nouvelle génération de gaz naturel zéro émission, dont l’empreinte sera comparable à celle du solaire ou de l’éolien, utilisera uniquement des éléments biodégradables, recyclera l’eau à 100 % et utilisera l’électricité pour fonctionner». 

Spécifiant qu’il parle uniquement en fonction de projets gaziers, M. Tétrault assure que des firmes québécoises et du reste du Canada «travaillent à l’élimination des additifs toxiques […], une première mondiale».

À propos des émissions fugitives de gaz, dénoncées par les médecins comme étant associées à de plus grands dangers pour la santé que les fluides, les firmes devraient avoir «la possibilité de les réduire à 0,1 ou à 0,3 %. Des gaz qui s’échappent, ce sont des profits qui s’échappent», dit-il.

Présentement, l’exploration gazière, par fracturation hydraulique ou par forage conventionnel, est interdite dans les Basses terres du Saint-Laurent, la zone visée par les membres de l’Association pétrolière et gazière du Québec, qui espèrent assister à la fin du moratoire frappant cette région.

«Si la porte est ouverte, l’exploration se fera sous deux conditions qu’on s’impose nous-mêmes; il y aura un seul projet, sans production de masse, projet qu’on devrait appeler un laboratoire, cogéré par l’entreprise et le milieu scientifique. Il n’y aura pas de projet dans les communautés qui n’en veulent pas. Ça prend l’acceptabilité sociale», dit M. Tétrault.

Main tendue

Les producteurs gaziers veulent offrir 3 % des profits aux municipalités dans lesquelles les puits seront exploités.

N’est-ce pas une façon d’acheter l’acceptabilité sociale? «Quand on n’offre rien, on se fait traiter de voleurs, et quand on offre un partage, on achète le monde. On préfère la deuxième option», signale M. Tétrault.

Il note que l’APGQ «va tendre la main à M. Notebaert. On va l’inviter à travailler avec nous.»

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LOIN DE CONVAINCRE CERTAINS EXPERTS

CARLETON — Le docteur Marc Durand, spécialiste en géologie appliquée et en géotechnique, se méfie des propos d’Éric Tétrault et de l’Association pétrolière et gazière du Québec.

Professeur universitaire à la retraite, M. Durand compare souvent la fracturation hydraulique à la pêche dans un lac avec de la dynamite, pour illustrer les effets potentiellement dévastateurs de cette opération visant à relier des poches de gaz ou de pétrole, séparées jusque-là, dans le but de les extraire.

Il souligne qu’Éric Tétrault «cite les études du BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) mais ne les a pas lues ou comprises, car le BAPE est justement arrivé à la conclusion inverse, que l’exploitation par fracturation ne devait pas être envisagée au Québec, car reliée à trop de désavantages. Nous ne nions pas les 134 études; nous les avons lues et analysées, nous.» Marc Durand dirige les gens désireux d’en apprendre à un document qu’il a signé, Gisements non conventionnels d’hydrocarbures, disponible en ligne.

«Le projet de gaz “propre” avec de l’eau recyclée à 100 % est une proposition bidon; les taux de réutilisation de l’eau sont au mieux de 40 %. Les foreuses, camions, compresseurs et le reste, tout électriques, restent de la pure fiction dans la réalité des opérations de forages. Les produits biodégradables dans l’industrie du gaz de schiste ne correspondent pas aux descriptifs des produits utilisés pour le fracking; une autre vue de l’esprit, hors de la réalité», résume M. Durand.

De son côté, Éric Notebaert est clair : «Je ne travaillerai pas avec l’Association pétrolière et gazière, ou avec Questerre. Sur le plan de la santé, je suis certain que les études associant des problèmes à la fracturation hydrauliques sont 100 % solides. Il faut demander à l’Institut national de santé publique du Québec de faire une mise à jour des dernières études et demander un BAPE générique sur la fracturation hydraulique.»