Si le mode actuel de financement n’est «pas parfait», l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux croit que le gouvernement du Québec doit éviter de ne jurer que par «les statistiques».

Financement à l’activité: des craintes pour les soins en région et psychosociaux

Les hôpitaux situés en région et les soins psychosociaux pourraient être pénalisés si le gouvernement prend le virage du financement axé sur le patient. Un syndicat recommande à la ministre de la Santé Danielle McCann de se méfier des dérives d’une gestion axée sur les statistiques.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié en juillet les détails d’un projet expérimental de collecte de données, une première étape qui mènera vers le financement axé sur le patient, aussi appelé financement à l’activité. Au lieu que chaque hôpital du Québec soit financé sur une base historique, le gouvernement voudrait calculer le nombre exact de soins qui y sont donnés et financer l’établissement à la hauteur des services ainsi rendus à la population.

«C’est clair pour nous qu’un grand hôpital qui peut se spécialiser va bénéficier de l’effet de volume et va pouvoir être plus performant. Il va avoir vraiment un avantage marqué sur les régions, qui elles doivent donner une multitude de services», commente Stephen Léger, vice-président à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). 

Dans un avis transmis à la ministre de la Santé Danielle McCann, l’APTS recommande qu’elle compense «les impacts négatifs» de cette réforme à venir sur le financement de la santé et des services sociaux «à l’extérieur des grands centres urbains». «Il ne faudrait pas que les régions soient pénalisées. Pour nous, ça représente un grand danger», ajoute M. Léger. 

L’APTS s’inquiète aussi que ce mode de financement s’applique aux soins psychosociaux. M. Léger évalue que «la pression est déjà grande à l’heure actuelle pour fermer des épisodes de soins» avec un patient afin de passer un autre. Il craint que cette pression s’accentue avec ce nouveau mode de financement, axé sur la performance. 

«Quand les gens font des demandes pour des services psychosociaux, c’est multifactoriel. Par exemple au départ, il y a problème de deuil. La pression est grande pour que l’intervenant traite juste ça. Mais si la personne te parle d’autres problèmes, d’abus financier, d’isolement, tu fais quoi?» demande M. Léger. 

L’APTS recommande que les centres qui offrent ce type de suivi soient retirés du projet expérimental, étant donné «qu’on peut difficilement quantifier les services psychosociaux nécessaires à un parcours de soins et des services et leur attribuer un coût». 

En douce

Le syndicat se dit d’ailleurs surpris que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) aille de l’avant avec une telle réforme du mode de financement des hôpitaux, dont les bases ont été jetées par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette. «À la CAQ, ils disaient lorsqu’ils sont arrivés au gouvernement que c’était fini les grandes réformes en santé. Là, c’est une réforme importante et oui, on la passe en douce actuellement», juge M. Léger. 

Si le mode actuel de financement n’est «pas parfait», M. Léger croit que le gouvernement du Québec doit éviter de ne jurer que par «les statistiques». Il ne faudrait pas selon lui adopter une approche qui ressemble trop à celle des États-Unis, où le coût de tous les soins sont calculés, afin de faciliter le remboursement par les régimes privés d’assurance. «Je ne pense pas qu’on veut faire du travail à la chaîne au Québec. On veut prendre soin de la population en général et pour ça, il faut faire de la prévention aussi», commente-t-il. 

La France a fait un pas de recul l’an dernier en rejetant certains éléments du financement axé sur le patient. Des établissements de santé étaient tentés de multiplier certains actes médicaux, qui s’avéraient parfois inutiles, afin de boucler leurs budgets. 

Au cabinet de la ministre de la Santé Danielle McCann, on rappelle que ce projet en est à ses débuts. «On entend les craintes. Par contre, on va laisser le projet expérimental suivre son cours», indique l’attaché de presse Alexandre Lahaie, sans commenter davantage.