L’Hôpital du Saint-Sacrement a fermé son urgence psychiatrique l’an dernier. Sans pouvoir dire si cette fermeture en est la cause, le directeur général de PECH, Benoît Côté, et la directrice par intérim du Centre de crise de Québec, Lise Lavoie, ont vu le nombre de personnes référées augmenter au fil des mois.

Fermetures en psychiatrie: le Centre de crise et PECH débordent

Soupape des urgences psychiatriques, le Centre de crise de Québec (CCQ) et l’organisme PECH (Programme d’encadrement et d’hébergement clinique) croulent sous la demande. Au Centre de crise, on a même une... liste d’attente.

«Ça fait un an que la demande augmente sans cesse. Nos 27 lits dans nos trois maisons d’hébergement sont toujours pleins. On aurait une maison de neuf lits de plus qu’on les remplirait tous. Les gens en détresse, ça augmente, et les cas sont beaucoup plus lourds», témoigne en entrevue au Soleil la directrice par intérim du CCQ, Lise Lavoie. 

Actuellement, il y a une liste d’attente de six personnes pour de l’hébergement au CCQ. «On arrête d’en prendre après six. On ne peut pas en mettre plus sur la liste d’attente puisque ce sont des personnes en crise», qui nécessitent des services immédiats, explique Lise Lavoie.

Mme Lavoie ne pourrait dire si la fermeture de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement l’an dernier a eu pour effet d’accentuer la pression sur le CCQ. Elle remarque toutefois que l’urgence psychiatrique de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus recommande de plus en plus de patients à son organisme. Et rappelle au passage qu’il manque de psychiatres à Québec.

«Tant pour notre service téléphonique que pour notre service d’hébergement et notre service à domicile, on a plus de demandes. Et on n’a pas plus de budget, pas plus de lits, pas plus de ressources humaines. Heureusement qu’on a de bons intervenants… Ils font des miracles!» laisse tomber Lise Lavoie. 

Selon elle, les hommes en détresse, traditionnellement moins enclins à demander de l’aide, sont de plus en plus nombreux à faire appel aux services du CCQ. «La proportion dans la dernière année, c’était 46 % d’hommes et 54 % de femmes», précise-t-elle. 

Des cas plus lourds

Le directeur général de PECH, Benoît Côté, a vu lui aussi le nombre de personnes référées à son organisme augmenter au fil des mois. Et à l’instar de Mme Lavoie, il remarque que les cas sont plus lourds. 

L’an dernier, pour compenser la fermeture de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a signé une entente avec PECH qui prévoyait notamment l’ajout de cinq lits supplémentaires en hébergement temporaire, portant ceux-ci à une vingtaine. 

«C’est une trentaine d’appels par jour qu’on reçoit pour ces lits-là, mais on est limité. Par le nombre de lits, mais aussi par nos effectifs et par la complexité des cas qui nous sont référés», explique Benoît Côté, rappelant que l’organisme «gère des risques élevés en première ligne». «On est capable […], mais il y a des niveaux de désorganisation qui commandent l’hospitalisation», observe-t-il.

Le directeur général de PECH est formel : il y a «énormément» d’amélioration à apporter dans les services de première ligne en santé mentale. «Après la DPJ, il faut vraiment que ça devienne le prochain défi du gouvernement. Parce que sur le terrain actuellement, c’est la guerre.»

Selon lui, il faut se doter rapidement d’un plan pour traiter le nombre grandissant de personnes aux prises avec une double problématique de santé mentale et de toxicomanie. «On n’a toujours pas de ressource [d’hébergement] spécifique à Québec pour accueillir ces gens» qui présentent des troubles concomitants de santé mentale et de dépendance, déplore-t-il. 

Le CIUSSS «prêt»

Questionné sur les débordements au CCQ et à PECH, Patrick Duchesne, de la direction Santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale, souligne que «s’il y a des enjeux de volumes additionnels, les organismes peuvent nous envoyer une demande» de financement qui sera analysée en fonction des besoins. «On a financé trois lits de plus l’an dernier au Centre de crise, mais on n’a pas eu de nouvelle demande depuis», précise-t-il. 

À propos des personnes présentant des troubles concomitants de santé mentale et de dépendance, Patrick Duchesne convient qu’il y en a «effectivement de plus en plus», et qu’il faut s’attaquer à cette problématique. 

«Ça fait partie des sujets qu’on aborde souvent […]. On a des lits pour la désintoxication sévère [à l’hôpital] et la désintoxication légère, mais on nous a souligné un vide de services pour la désintoxication modérée, qui peut être faite dans un organisme», dit M. Duchesne.

«Dans tout ce qu’on fait, dans tout ce qu’on entreprend, s’il y a un besoin qui surgit, on est prêt» à le considérer, assure le responsable du CIUSSS. 

Quant à savoir si les ressources dans la communauté sont suffisantes pour pallier la fermeture de l’urgence et des lits psychiatriques de l’Hôpital du Saint-Sacrement, M. Duchesne rappelle qu’une trentaine de ressources ont été ajoutées en CLSC et que deux équipes TIBD (pour traitement intensif bref à domicile) sont sur le terrain. 

«Avec deux psychiatres chacune [la deuxième équipe aura un deuxième psychiatre sous peu], ces équipes-là, qui peuvent se déplacer jusqu’à quatre fois à domicile, sont capables de suivre entre 40 et 45 personnes», mentionne M. Duchesne, précisant que les suivis durent entre six et huit semaines. «Ce sont toutes des personnes pour qui on évite l’hospitalisation», souligne-t-il.

Des ressources ont également été ajoutées dans les équipes SIV (pour soutien d’intensité variable) et SIM (pour suivi intensif dans le milieu), qui ont notamment un volet «itinérance», mentionne par ailleurs M. Duchesne.

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à composer le 1 866 APPELLE (277-3553).