Sur les neuf cliniques réseau de la capitale, seulement trois se qualifient pour devenir des supercliniques, dont le Centre médical Le Mesnil. Les autres n'ont pas suffisamment de médecins pour répondre à l'exigence des heures d'ouverture élargies.

Fermeture des cliniques réseau: les infirmières inquiètes

Après les médecins, c'est au tour des infirmières de s'inquiéter de la fermeture annoncée de la plupart des cliniques réseau de Québec le 1er avril à la suite de la décision du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de couper leur financement un an plus tôt que prévu.
Début novembre, Le Soleil révélait que le ministre Barrette avait décidé d'abolir le 1er avril prochain plutôt que le 1er avril 2018 le modèle actuel des cliniques réseau, qui permet aux patients non inscrits dans un GMF de voir un médecin sans devoir se rendre à l'urgence. Le ministre de la Santé avait admis avoir pris cette décision pour forcer les cliniques réseau à adhérer à son impopulaire programme de supercliniques.
Manque de médecins
Or sur les neuf cliniques réseau de la capitale, peu se qualifient pour devenir supercliniques en raison du manque d'effectifs médicaux. À moins d'avis contraire du ministre, celles-ci devront donc se replier sur leur statut de GMF et fermer leur service de sans rendez-vous aux patients non inscrits ou sans médecin de famille.
Jusqu'ici, seuls le Centre médical Le Mesnil, la Cité médicale et la Clinique médicale Saint-Louis ont ce qu'il faut pour adhérer au programme et ont signifié leur intention d'y participer. D'autres cliniques réseau, comme ProActive Santé, dans Saint-Roch, sont intéressées, mais elles n'ont pas suffisamment de médecins pour répondre à l'exigence des heures d'ouverture élargies.
Résultat : des milliers de patients risquent de se retrouver à l'urgence pour des problèmes de santé mineurs à compter du 1er avril. À moins qu'ils se rendent dans l'une des rares supercliniques ouvertes et fonctionnelles, ce qui n'est pas évident pour tout le monde.
«Dans certains secteurs de la ville, il y a beaucoup de patients démunis et vulnérables qui ne sont pas nécessairement capables de prendre le taxi ou l'autobus pour se rendre dans une superclinique à l'autre bout de la ville. Ils risquent donc de se retrouver à l'urgence pour des maux de gorge et des infections urinaires», illustre celle qui a préféré ne pas être identifiée.
L'infirmière aurait aimé que le ministre permette aux cliniques de présenter un plan transitoire, qu'ils trouvent ensemble un terrain d'entente, question d'éviter une perte d'accessibilité. «Mais là, ça risque de faire mal», se désole la professionnelle, qui trouve dommage de mettre fin à un modèle qui fonctionne à merveille à Québec. «Ça ne fonctionne pas à Montréal, mais c'est un succès ici. Pourquoi tout casser si ça fonctionne bien ici?» demande-t-elle.
L'infirmière souligne du reste que la décision du ministre aura pour effet de désorganiser les équipes de travail dans les cliniques, ce qui risque d'entraîner une perte d'efficacité. «Ça bouleverse l'organisation du travail dans la mesure où les infirmières des cliniques réseau qui ont le plus d'années d'expérience vont aller bumper des infirmières des GMF, où elles n'ont pas d'expertise. Pendant environ un an, un an et demi, les équipes vont être déstabilisées... Et les infirmières des GMF bumpées, elles vont aller où?» s'interroge notre interlocutrice.
Dans un courriel transmis au Soleil, une autre infirmière a fait part des mêmes inquiétudes quant à la fermeture de la plupart des cliniques réseau de Québec dans deux mois. «Savez-vous combien de personnes sans médecin de famille qui avaient l'habitude de fréquenter ces cliniques réseau ne pourront plus s'y présenter et vont se retrouver soit à l'urgence, soit à l'une des supercliniques qui, soit dit en passant, ne seront jamais capables de fournir à la demande?» écrit-elle.
La FIQ craint une perte d'expertise
La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) craint une perte d'expertise infirmière dans les supercliniques, qui feront davantage appel aux infirmières auxiliaires qu'à leurs consoeurs cliniciennes.
«Pour une superclinique de niveau 1, par exemple, le ministre prévoit financer une infirmière clinicienne, une infirmière technicienne et quatre infirmières auxiliaires. Les infirmières auxiliaires sont importantes et elles doivent être intégrées dans les supercliniques, mais elles ne peuvent pas faire le travail d'une infirmière clinicienne, comme évaluer les patients, les libérer, les référer à tel ou tel professionnel, faire des suivis de maladies chroniques...» expose la représentante de la FIQ au CIUSSS de la Capitale-Nationale, Patricia Lajoie, selon qui l'abolition de plusieurs postes d'infirmières cliniciennes entraînera nécessairement une perte d'expertise et de services. 
Mme Lajoie croit que le ministre de la Santé rate encore une fois l'occasion de sortir du système «médicalocentriste». «Les infirmières peuvent jouer un plus grand rôle pour améliorer l'accès», rappelle-t-elle.
La représentante syndicale se désole également à l'idée que des milliers de patients perdront sous peu leurs services de proximité. «Les supercliniques vont toutes être dans le même coin [Sainte-Foy et Lebourgneuf]. Il n'y aura plus rien pour les patients à Val-Bélair, à Beauport, à Loretteville, etc.» déplore Mme Lajoie, qui entrevoit elle aussi un afflux important de patients sans médecin de famille vers les urgences des hôpitaux.
Préoccupée par ce qui se dessine, la FIQ fera une sortie au sujet des cliniques réseau et des supercliniques au cours des prochains jours.