La pression que subiront les médecins dont la conscience interdit de donner la mort s'avérera insupportable, estime le philosophe.

Euthanasie: l'objection de conscience doit être reconnue, insiste Thomas De Koninck

Le professeur de philosophie à l'Université Laval Thomas De Koninck estime que les médecins doivent avoir la possibilité de refuser l'euthanasie à un patient par objection de conscience si le gouvernement légalise cette pratique.
Le professeur de philosophie à l'Université Laval Thomas De Koninck estime que les médecins doivent avoir la possibilité de refuser l'euthanasie à un patient par objection de conscience si le gouvernement légalise cette pratique.
«Si l'État québécois commet l'irréparable erreur de légaliser l'euthanasie, sous quelque forme que ce soit, il doit absolument voir à ce que l'objection de conscience soit formellement reconnue dans la loi sur le même pied, sans quoi il posera un geste totalitaire. Ceci est tout à fait majeur, je ne saurais trop insister», a-t-il affirmé, cette semaine, devant la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité.
Selon M. De Koninck, la pression que subiront les médecins, les infirmières ou toute personne concernée dont la conscience interdit de donner la mort s'avérera insupportable. Il a qualifié cette pression de «forme de violence inadmissible».
«Voyez comme elle est énorme déjà sur nous tous et toutes, avant même toute législation, la pression du politically correct entretenue par les médias, qui fait dire à tant de gens que votre jugement est à coup sûr déjà rendu», a-t-il dit aux parlementaires présents.
En outre, le philosophe a soutenu que la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté créera de la pression auprès des malades et des personnes âgées. «Faire du suicide un droit a des terribles conséquences, dont celle d'une pression inadmissible sur le malade ou la personne âgée, à qui on reprochera et qui se reprochera de ne pas se sentir "de trop" et de ne pas solliciter dès lors de se faire supprimer», a-t-il affirmé.
«Quoi de plus inhumain qu'une pareille pression sur la conscience de cette personne, je vous le demande? Car il s'agit à toutes fins pratiques d'un rejet radical et d'un déni de toute dignité à cette personne, pire épreuve, on peut le penser, que celle d'un être souffrant entouré de soins», a ajouté le professeur.
Loi injuste
D'autre part, M. De Koninck croit qu'une loi sur l'euthanasie serait injuste pour la grande majorité des Québécois et ne servirait pas le bien commun. «Faire une loi pour quelques cas individuels sans tenir compte du point de vue de l'ensemble des citoyens, ça ne peut pas être une bonne loi», a-t-il fait valoir.
Il a mis en garde les députés sur les résultats de sondages qui pencheraient en faveur de la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. À son avis, la valeur de ces sondages est douteuse compte tenu du manque de précision des questions qui ont été posées et de la confusion dans la population sur la définition de l'euthanasie et du suicide assisté.
Au lieu de mettre fin à la vie sur demande, M. De Koninck croit qu'il faut plutôt utiliser les soins palliatifs. Il s'est également dit contre tout acharnement thérapeutique pour prolonger artificiellement la vie. «C'est toujours la souffrance, physique et morale, qu'il faut s'employer à supprimer par tous les moyens possibles, jamais la personne humaine», a-t-il conclu.
Par ailleurs, dans une entrevue précédente, M. De Koninck, avait affirmé que la légalisation de l'euthanasie pourrait conduire à des abus. «Quelle belle façon de se débarrasser de quelqu'un afin d'accélérer un héritage, par exemple, que de prétendre qu'il ou elle nous a suppliés de faire le beau geste humanitaire de soulager sa souffrance en l'euthanasiant, d'autant plus désintéressé que ce fut à sa demande expresse», a-t-il affirmé.
«Comment ne pas anticiper la pente glissante vers la barbarie où conduit, une fois légalisée, la possibilité d'éliminer en douce, le regard clair, celles et ceux que la faiblesse, la pauvreté, les handicaps vouent à une vie jugée désormais "sans valeur" par les puissants qui en décideront», a-il poursuivi.