Le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert, rappelle qu’en clinique, le pronostic vital est très important pour décider des soins appropriés à dispenser à une personne atteinte d’une maladie grave et incurable.
Le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert, rappelle qu’en clinique, le pronostic vital est très important pour décider des soins appropriés à dispenser à une personne atteinte d’une maladie grave et incurable.

Élargissement de l’aide médicale à mourir: le Collège des médecins met en garde

Le Collège des médecins du Québec (CMQ) met en garde le gouvernement Legault et les administrateurs du réseau de la santé au sujet de l’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir (AMM) aux personnes qui ne sont pas en fin de vie : les ressources mobilisées par la gestion des demandes d’AMM ne devront pas l’être au détriment des autres malades qui ont besoin de soins actifs.

Dans un éditorial publié jeudi matin sur le site Internet du CMQ, le secrétaire de l’ordre professionnel, le Dr Yves Robert, rappelle qu’en clinique, le pronostic vital est très important pour décider des soins appropriés à dispenser à une personne atteinte d’une maladie grave et incurable. 

«De plus, s’il peut être acceptable, à certaines conditions, d’abréger la période d’agonie vécue par une personne dont le décès est imminent et qui souffre de manière intolérable sans pouvoir être soulagée — ce qui était le cadre de réflexion initial jusqu’à maintenant —, il en va tout autrement d’une personne dont le décès n’est pas prévu à brève échéance. L’évaluation de l’ensemble de la situation clinique de la personne qui demande une AMM doit être effectuée avec encore plus de rigueur et de compétence, et le respect de tous les critères de la loi doit être confirmé», ajoute le secrétaire du CMQ.

Le Dr Yves Robert souligne qu’il importera toujours de considérer l’ensemble de l’arsenal thérapeutique disponible pour soulager la souffrance d’une personne, «mais aussi tout ce qui, au-delà des soins, pourrait améliorer sa qualité de vie».

Le docteur rappelle du reste que si on élargit le droit des patients à faire une demande d’AMM, «cela ne signifie pas pour autant que l’AMM sera administrée». Il souligne que la demande sera analysée en tenant compte des autres critères imposés par la loi et de l’évaluation de la situation clinique du patient, comme c’est déjà le cas présentement.

Le secrétaire du CMQ rappelle également aux responsables politiques et aux administrateurs du réseau de la santé qu’avec les modifications législatives à venir, «l’évaluation de la situation clinique prendra du temps et des ressources appropriées, qui devront être disponibles». «Le véritable défi sera de veiller à ce que les ressources mobilisées par la gestion des demandes d’AMM ne le soient pas au détriment des autres malades qui ont besoin de soins actifs», écrit-il.

Le Dr Robert s’intéresse aussi à la réflexion qui sera entamée à moyen terme avec les spécialistes en santé mentale. Selon lui, «les défis que représente l’accompagnement des malades atteints de troubles psychiatriques ou du comportement qui demandent une AMM deviennent particulièrement cruciaux dans le contexte des prochains changements législatifs, et les soignants devront être guidés».

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AIDE MÉDICALE À MOURIR: IL Y AURA UNE CONSULTATION PUBLIQUE

MONTRÉAL — Il y aura bel et bien au moins une journée de consultations publiques sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir, notamment pour la santé mentale, à la fin du mois de février.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, en a fait l’annonce jeudi à Verdun, lors d’une rencontre avec la presse portant sur des investissements dans des immobilisations vouées à la santé mentale.

Mais l’annonce ne rassure ni Véronique Hivon, qui a longtemps porté ce dossier à l’Assemblée nationale, ni Gaétan Barrette, l’ancien ministre de la Santé.

Pour le moment, une seule journée est prévue, mais si besoin est, on pourra allonger, a fait savoir le cabinet de la ministre.

«Je suis consciente qu’il faut vraiment qu’on continue d’expliquer, d’informer, de consulter. C’est pour ça que j’ai demandé à la Commission des soins de fin de vie de faire une rencontre avec des organismes qui sont très impliqués dans le domaine de la santé mentale, qui représentent des usagers et des proches aidants. Et je vous annonce aujourd’hui que nous allons, par la suite, faire une journée de consultations publiques sur ce dossier à la fin février», a affirmé la ministre McCann.

Des inquiétudes avaient été manifestées, récemment, particulièrement en ce qui a trait à l’admissibilité à l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de problèmes de santé mentale. Certains craignaient une dérive.

La ministre McCann a référé le dossier au Collège des médecins, qui doit se pencher sur le guide de pratique à cet effet. Mais le Collège des médecins doute de pouvoir y parvenir d’ici le mois de mars — l’échéance prévue dans le jugement du tribunal sur la question.

Dans ce contexte, tant l’ex-ministre Barrette que la porte-parole péquiste pour ce dossier, Véronique Hivon, ont invité la ministre à ne pas se contenter d’une ou deux journées de consultations publiques. Il faut prendre le temps de bien faire les choses pour ne pas miner le consensus social qui a été bâti sur cette question, a plaidé la députée Hivon. «Tu ne peux pas être juste dans une bulle légale. Prenons le temps de bien faire les choses», a-t-elle conseillé. La Presse canadienne

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LARGE SOUTIEN À UNE AIDE ÉLARGIE

Alors que le gouvernement fédéral s’apprête à réviser la loi sur l’aide médicale à mourir, un nouveau sondage laisse croire que la plupart des Canadiens soutiennent l’aide médicale pour mettre fin aux souffrances même si le patient n’est pas en fin de vie. Dans un sondage Web réalisé par la firme Léger ce mois-ci pour La Presse canadienne, 86 % des personnes interrogées étaient d’accord pour dire que les personnes atteintes d’une maladie grave, dégénérative et incurable devraient pouvoir demander et obtenir une aide médicale à mourir. Soixante-quatorze pour cent des participants au sondage ont déclaré que l’aide médicale à mourir devrait être accessible à toutes les personnes atteintes de maladies incurables, même si leur mort n’est pas raisonnablement prévisible. L’appui à cette notion d’un régime d’aide médicale à mourir plus large variait de 66 % au Manitoba et en Saskatchewan à 84 % au Québec. L’enquête a été menée du 17 au 21 janvier auprès de 1552 Canadiens admissibles à voter qui ont été recrutés aléatoirement dans un groupe en ligne. Une marge d’erreur ne peut pas être attribuée étant donné qu’il ne s’agit pas d’un échantillon probabiliste. La Presse canadienne