Gaétan Barrette estime qu'il est impossible d'avoir l'unanimité sur un sujet aussi délicat que l'aide médicale à mourir. Et s'il y avait unanimité, il s'en méfierait.

Élargir l'aide médicale à mourir: pas de précipitation, rétorque Barrette

«L'unanimité sur un sujet comme celui-là, à mon avis, ça ne se peut pas», a déclaré le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, en commentant la réticence de certains de ses collègues libéraux à l'idée de débattre de l'élargissement de l'aide médicale à mourir.
Mercredi, Gaétan Barrette a plus ou moins admis qu'il existe des réticences au sein du caucus libéral. «Je pense que si on prend chaque individu dans la société, incluant dans les partis politiques, on va en trouver qui ont des hésitations ou des réticences. C'est normal. Sur un sujet comme celui-là, je me méfierai toujours de l'unanimité.»
Aux yeux de certains de ses collègues inquiets, débattre en commission parlementaire de la possibilité que l'aide médicale à mourir soit offerte à des personnes atteintes d'une démence causée par une maladie dégénérative du cerveau serait mettre le doigt dans un engrenage qui mènerait tôt ou tard à un élargissement officiel.
Le caucus de son parti veut que cette question soit abordée «avec la plus grande prudence et avec une certaine lenteur», a précisé le ministre Barrette. «Pas de précipitation» sera son mot d'ordre. 
Lui et d'autres de ses collègues libéraux estiment malgré tout qu'il convient de lancer une réflexion sur un éventuel élargissement à des personnes notamment aux prises avec un degré sévère de la maladie d'Alzheimer. Dans son esprit, cette réflexion ne doit cependant pas nécessairement passer par une commission parlementaire.
Pour l'heure, la discussion se poursuivra encore pendant quelque temps au sein du groupe parlementaire libéral. 
En juin 2014, 22 libéraux avaient voté contre le projet de loi 52, qui a institué l'aide médicale à mourir au Québec telle qu'on la connaît.
L'opposition fait pression
Les caquistes François Paradis et François Bonnardel comprennent que des députés libéraux puissent avoir des appréhensions. Ils font toutefois valoir qu'une commission parlementaire est justement le lieu tout indiqué pour débattre d'une question comme celle-là, et ce, avec des gens et des groupes qui viendraient de divers milieux de la société. 
MM. Paradis et Bonnardel souhaitent qu'une réflexion soit lancée à travers une commission de l'Assemblée nationale d'ici la fin de la présente session parlementaire, qui se termine à la mi-juin.
La péquiste Véronique Hivon assure que ce n'est pas parce qu'on analyserait la possibilité d'élargir l'aide médicale à mourir que le Québec irait automatiquement de l'avant. «Ça ne présume de rien», a-t-elle dit.
Décision personnelle
Mme Hivon a réinsisté sur le fait que si l'aide médicale à mourir devait un jour concerner des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, il faudrait que celles-ci l'aient elles-mêmes réclamé lorsqu'elles étaient aptes à le faire pour y avoir droit.
Gaétan Barrette a lancé une flèche en direction de la Coalition avenir Québec. Si elle veut aller vite, c'est qu'elle est, dans ce dossier comme dans d'autres, en mode d'autopromotion politique, a-t-il accusé.