Selon le président de l'Association des radiologistes du Québec, non seulement la gratuité des échographies n'aurait pas permis de réduire le délai d'attente en hôpital pour ce type d'examen, mais elle aurait créé une nouvelle demande partout.

Échographies gratuites en cabinet: «bar ouvert» dénoncé

Cinq mois après l'entrée en vigueur de la gratuité des échographies faites en cabinet, qui devait permettre de réduire le temps d'attente en hôpital pour ce type d'examen, les radiologues observent une explosion des demandes - pas toujours pertinentes - et une augmentation des listes d'attente... au privé.
«On a décidé de faire un bar ouvert, mais on n'a pas vérifié si on était capable d'offrir assez de drinks à tout le monde», image en entrevue au Soleil le président de l'Association des radiologistes du Québec (ARQ), le Dr Vincent Oliva.
Si elle n'a pas encore colligé toutes les données pour avoir un portrait précis des effets de la gratuité des échographies faites en cabinet privé, l'ARQ dit recevoir énormément de témoignages qui vont tous dans le même sens : les laboratoires d'imagerie médicale (LIM) sont débordés depuis l'entrée en vigueur du règlement, en janvier. 
«La demande a explosé. Avant le règlement, les gens attendaient une semaine ou deux pour une échographie au privé. Là, ils attendent un mois ou deux», compare le Dr Oliva.
Bien avant la mise en application du règlement, l'ARQ avait fait part de ses craintes de voir les listes d'attente des hôpitaux se déplacer vers les LIM privés. Selon le Dr Oliva, non seulement la gratuité des échographies n'aurait pas permis de réduire le délai d'attente en hôpital pour ce type d'examen, mais elle aurait créé une nouvelle demande partout.
«L'attente en écho hospitalière était majoritairement dans la région de Montréal. [...] Ce qu'on constate, c'est que là où le réseau était déjà engorgé, les listes d'attente n'ont pas diminué», affirme le Dr Oliva. 
Pire, insiste-t-il, elles ont augmenté dans les LIM privés. Le problème, selon lui, c'est que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a adopté sa règlementation de façon unilatérale, «dans la hâte et l'improvisation», sans prendre le temps de se questionner sur le type d'examen échographique qu'on veut inclure dans le panier de services.
«Maintenant que c'est gratuit, les radiologues dans les cabinets se retrouvent avec toutes sortes de demandes d'échographie [provenant des médecins de famille] qui ne sont pas toujours justifiées. On se retrouve avec un problème de pertinence sur lequel on n'a aucun contrôle», déplore le président de l'ARQ. La question est d'autant plus importante qu'il en va de l'argent des contribuables, rappelle-t-il.
Un «puits sans fond»
À titre d'exemple, le Dr Oliva cite les échographies abdominales pelviennes, trop souvent demandées sans renseignements cliniques ou «pour des douleurs vagues». Les demandes pour des échographies musculo-squelettiques ont elles aussi explosé, témoigne-t-il. 
«Tout le monde a un petit bobo musculo-squelettique. Je ne dis pas qu'il ne faut pas s'en occuper, mais là, c'est un puits sans fond. Si on veut que ces échographies soient couvertes, alors il faudrait que les physiatres participent, parce que là, les radiologues ne suffisent pas à la demande», dit le médecin, qui ne comprend toujours pas pourquoi les échographies faites au privé par d'autres spécialistes ne sont pas couvertes.
«Il y a des milieux où il y a très peu de discernement dans le type d'examens demandés», résume le Dr Oliva, ajoutant qu'il devient difficile pour les LIM qui croulent sous une avalanche de demandes «pour des échographies de la tête au pied» de prioriser les cas plus urgents. 
«Oui, il y a des radiologues qui se gardent des plages de rendez-vous ouvertes pour les cas plus urgents, mais il y en a d'autres qui sont organisés différemment. Ils sont au privé, où il n'y a pas toute la gouvernance et l'encadrement qu'on retrouve en hôpital et qui obligent les médecins à revoir ou à prioriser leurs actes», souligne le président de l'ARQ, qui déplore que les LIM n'aient pas eu le temps de se structurer pour faire face à la nouvelle demande.
Pas encore payés
Autre difficulté : les frais d'opération des LIM et les honoraires des radiologues ne sont toujours pas payés après cinq mois de gratuité, dénonce le Dr Oliva. «Le ministre disait : "Qu'ils commencent à en faire, ils vont être remboursés". Or ça traîne, il n'y a toujours pas une cenne qui a été déboursée», déplore le Dr Oliva, tout en rappelant que «pour faire rouler une clinique, ça prend du cash flow». 
«Il y a beaucoup de directeurs de cliniques qui nous interpellent. Ce retard commence à être très problématique pour les cliniques», dit le président de l'ARQ.