Le reste de la vie de Denis Gosselin se comptait en semaines lorsqu'il a pu subir une greffe pulmonaire, il y a un an.

Don d'organes: Denis Gosselin peut maintenant parler d'avenir

Mi-avril 2012, Denis Gosselin rencontre le doc. Après 18 mois à cultiver l'espoir d'une greffe de nouveaux poumons, il stagne au 22e rang de liste d'attente. Mais ça ne va pas, le corps peine à supporter l'expectative. Le verdict tombe: sans opération rapide, le pronostic n'est guère réjouissant. À 38 % de capacité pulmonaire, la vie se compte désormais en semaines, tout au plus en mois. Le choc.
«J'avais à peu près six mois à vivre», se remémore le Lévisien, émotif. Son médecin constate le péril et transfère son nom au sommet de la liste; il devient «prioritaire». Denis Gosselin conclut alors un marché avec les ambulanciers de son secteur: dès que le téléphone retentira, ils le cueilleront à domicile pour filer jusqu'à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal, spécialisé en greffe pulmonaire.
«Tout effort était difficile. Ça se corsait.» Branché à ses bombonnes d'oxygène 24 heures sur 24, il encaisse la détérioration de sa santé. Et puis? Après deux semaines, le téléphone a enfin sonné. «C'est pratiquement gagner à loterie.»
Le 4 mai 2012, il a filé vers la métropole... Denis Gosselin n'est ressorti de l'hôpital que le 12 août. Long. Il a séjourné aux soins intensifs un bon moment. «Ce n'est pas une opération qui est facile à subir.» Il y a eu quelques complications. Malgré toutes les épreuves, il se réjouit: «Moi, heureusement, ça s'est bien passé.»
Les patients ne gagnent pas tous le combat. À l'aube de 2012, ils étaient 115 Québécois à rêver de poumons usagés encore capables de faire du millage. Finalement, 32 élus ont obtenu un second souffle. «C'est pas beaucoup», insiste M. Gosselin qui se sent vraiment privilégié. «Il y a tellement de monde qui ne se rendent pas à la greffe...» Il prend une pause avant de compléter: «L'option, c'est la mort.»
Plus de Deux ans d'attente
La moyenne du groupe poireaute plus de deux ans avant de recevoir l'appel tant désiré. Plusieurs ne terminent pas cette pénible odyssée vers le bloc opératoire. C'est vrai pour les receveurs potentiels de poumons comme pour tous les autres dont le prolongement de la vie dépend d'un nouveau coeur, d'un pancréas, d'un rein, d'un foie. L'an dernier, des 1250 aspirants greffés du Québec, 69 ont succombé en espérant que le trépas d'un autre devienne leur planche de salut.
«C'est sûr» qu'il y a des décès au fil des semaines qui s'égrainent, observe la directrice générale de La Maison des greffés de Montréal, Micheline Cyr Asselin. Il y a aussi ceux qui résistent jusqu'au jour tant fantasmé du coup de téléphone du médecin, mais qui ont été rongés par l'attente: ils ne survivront pas à l'intervention chirurgicale.
La Maison des greffés en héberge plusieurs. C'est là qu'a séjourné Denis Gosselin durant la convalescence. Sa conjointe aussi. Car il est impératif d'avoir un proche à ses côtés pour avoir droit à une greffe: «Une des conditions pour être sur la liste, c'est d'avoir un accompagnement. C'est fondamental.» Le témoignage est empreint de reconnaissance. Sans elle, il n'aurait pu surmonter les souffrances, souligne-t-il, avant de s'interrompre un bon moment, le temps de reprendre le dessus sur l'émotion qui le submerge.
Il faut dire que la famille est au centre de son univers. Une famille qui a dû, à l'occasion, s'adapter à l'agenda professionnel bien garni de Denis Gosselin avant que la maladie ne bouleverse son avenir. Car il bossait beaucoup, l'ancien vice-président, promotion et prospection d'investissements étrangers chez Québec International, organisation de promotion économique de la région de la capitale et de la Rive-Sud. Un travail très accaparant, remarque-t-il.
Voyages professionnels en Europe et chez l'Oncle Sam, recherche d'investisseurs, lobbying auprès de sociétés internationales pour qu'elles injectent des fonds dans leurs filiales de Québec... Le boulot était stressant, difficile, les objectifs annuels se comptaient en millions de dollars.
Et il l'aimait, ce travail. D'ailleurs, en 2006, après le premier diagnostic d'une maladie incurable «dont ils ne connaissent pas l'origine», Denis Gosselin a continué à besogner. Mi-cinquantaine, il espérait une stabilisation, il ne pensait pas vraiment à la greffe. Les mois, les années, ont défilé. Et le mal a progressé. Durant l'automne 2010, il s'est rendu. Exit le travail. «J'ai pris la décision de m'occuper de ma santé.»
Il est encore en congé prolongé, mais, à 61 ans, force est de constater que les priorités ont évolué. «Ça change royalement», confie-t-il. «On voit les choses différemment.» L'excitation professionnelle, le défi, la passion lui manquent néanmoins. Le souvenir du stress, la santé à préserver pèsent cependant lourd dans la balance. En temps et lieu, il évaluera la question avec ses médecins.
Denis Gosselin se nourrit maintenant de victoires quotidiennes. «Avant la greffe, j'étais essoufflé à soulever un crayon, pratiquement.» Toujours «en reconstruction», il se réjouit de pouvoir enfourcher un vélo, enfiler des patins. Ses poumons fonctionnent à environ 70 % de leur capacité maximale.
Survivant, il semble savourer sa période de prolongation. Et aborde son quotidien avec un recul certain: «Le moment présent est très important.» Signe d'un renouveau, il rêve, se projette dans l'avenir. Il aimerait visiter les Îles-de-la-Madeleine au cours de l'été, peut-être même l'Europe l'année suivante. Et il s'offre pour épauler des personnes qui rencontreront des écueils semblables à ceux qu'il a vaincus. «C'est bon de connaître quelqu'un qui est passé à travers ça et que ç'a bien été.»