À l'urgence du Jeffery Hale, ce sont pas moins de 54 quarts de travail, surtout de 16h à 20h, qui doivent être comblés entre le 26 mai et le 30 septembre.

Deux urgences lancent un S.O.S. à tous les médecins de famille

Appréhendant un risque «majeur» de découverture médicale dans les urgences de l'Hôpital Chauveau et de l'Hôpital Jeffery Hale, le CIUSSS de la Capitale-Nationale sollicite l'aide et la disponibilité de tous les médecins de famille de son territoire «pour éviter une rupture de services qui aurait un impact majeur en matière d'accessibilité sur toutes les urgences de la région de Québec», a appris Le Soleil.
Dans un courriel transmis lundi aux médecins de famille et dont nous avons obtenu copie, le président du conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CIUSSS, le Dr Jacques Bouchard, et le directeur des services professionnels de l'établissement, le Dr Pierre Laliberté, précisent que la période estivale 2017 est «particulièrement critique».
«Nous déployons tous les efforts possibles pour éviter d'avoir à appliquer un plan de contingence ou de contraintes et, le cas échéant, pour en minimiser l'envergure», écrivent-ils, précisant que plusieurs quarts de travail sont toujours à combler. 
Plus particulièrement, à l'urgence du Jeffery Hale (située près du CLSC Haute-Ville, qui a récemment fermé son sans rendez-vous populationnel), ce sont pas moins de 54 quarts de travail, surtout de 16h à 20h, qui doivent être comblés entre le 26 mai et le 30 septembre. À l'urgence de Chauveau, la situation s'annonce critique entre le 9 juillet et le 17 septembre, alors qu'une trentaine de quarts de travail, particulièrement ceux couvrant l'après-midi et le soir, doivent être comblés.
«Nous sollicitons l'aide et la disponibilité des médecins de famille qui détiennent les compétences requises pour dispenser des services de première ligne dans ces deux urgences. Au besoin, une autorisation temporaire de pratique pourra être accordée à ceux qui ne détiendraient pas le statut et les privilèges appropriés», précisent les Drs Bouchard et Laliberté. 
Volume «très élevé»
Les deux médecins soulignent que le volume des services dispensés par les urgences de Chauveau et du Jeffery Hale est «très élevé» et que toutes les mesures doivent être prises pour éviter une rupture de services qui aurait un impact majeur en termes d'accessibilité sur toutes les urgences de la région de Québec.
Il n'a pas été possible de parler avec le Dr Jacques Bouchard, qui est aussi chef du Département régional de médecine générale du CIUSSS de la Capitale-Nationale et président de l'Association des médecins omnipraticiens de Québec, autant de chapeaux qui font de lui un expert tous horizons des questions touchant les effectifs médicaux à Québec. Personne d'autre au CIUSSS n'avait répondu à nos questions au moment d'écrire ces lignes, mardi. 
La responsable de l'urgence de l'Hôpital Chauveau avec qui les médecins volontaires sont invités à communiquer est la Dre Françoise Viens, qui vient de se joindre à l'équipe de MAclinique Lebourgneuf. La super-clinique, qui est ouverte de 8h à 22h, sept jours sur sept, regroupe des médecins de famille provenant de tous les milieux, dont des médecins d'urgence. 
Chaise musicale
À la mi-avril, devant les découvertures médicales et les bris de services constatés dans plusieurs urgences du Québec, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est revenu sur sa décision d'obliger les médecins qui ont une formation en médecine d'urgence à faire de la prise en charge de patients. En contrepartie de ce droit de pratiquer à temps complet à l'urgence, ces médecins doivent consacrer quelques heures par semaine dans une super-clinique pour y voir des patients au sans rendez-vous.
Dans le réseau, d'aucuns déplorent le jeu de chaise musicale des médecins au profit des groupes de médecine familiale et des super-cliniques. Ils accusent le ministre Barrette d'avoir, avec la loi 20, sorti les médecins de famille des hôpitaux en les obligeant à faire de la prise en charge de patients et à être assidus auprès d'eux.
«Des risques de découverture médicale, il y en a dans toutes les urgences. [...] Je ne peux pas gérer la fatalité, je ne peux pas exclure les découvertures, mais je peux garantir que tout est fait, parce que nous avons tous les leviers, pour que les découvertures soient corrigées», disait le ministre Barrette lorsque nous l'avons questionné sur les risques de découverture dans les urgences, particulièrement à Chauveau, lors de la conférence de presse annonçant l'ouverture de MAclinique, la semaine dernière.