La ministre de la santé, Danielle McCann
La ministre de la santé, Danielle McCann

Déstructuration du réseau d’aide à domicile

«Le MSSS laisse dormir une armée de préposées et préposés d’aide à domicile», déplore le Réseau de coopération des entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD) dans une lettre adressée le 1er avril à la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Au premier coup d’œil, faire la lessive ou la vaisselle ne semble peut-être pas être des services essentiels, mais ils le deviennent lorsqu’«on les livre à une personne en perte d’autonomie», plaide Benoit Caron directeur général du Réseau des EÉSAD. «Une dame de 88 ans qui a de la difficulté à se déplacer, si elle a de la vaisselle dans son évier pendant une journée ce n’est pas si mal, mais si elle en a pendant une semaine ou deux semaines ça devient de l’insalubrité et ça devient un service essentiel.»

Les services d’aide à la vie domestique n’étaient initialement pas reconnus comme des services essentiels. Les membres du Réseau des EEÉAD offrant ces services ont donc dû mettre à pied 4 000 de leurs 8 700 préposés qui interviennent habituellement chez 100 000 individus, «dont la majorité sont des personnes vivant seules avec un faible revenu et qui ont plus de 70 ans», précise le directeur général du Réseau de coopération des EÉSAD.

Quelques jours plus tard, la liste des services essentiels a été modifiée pour considérer les besoins de la clientèle vulnérable que desservent les préposés d’aide à domicile. «Au moment où on a complété la mise à pied de 4 000 préposés, le premier ministre demandait aux Québécois de faire du bénévolat pour aider les gens qu’on venait de laisser tout seuls», raconte Benoit Caron. 

Comme ses collègues, le directeur général s’inquiète d’une déstructuration du réseau d’aide à domicile. «Cette révision des directives, après moins de 48 heures, est déplorable puisque si l’expertise des EÉSAD avait été considérée dès le départ, elles auraient pu aider le MSSS à identifier les services essentiels et les usagers qui devaient ou non continuer de recevoir les services fournis par leurs 8 700 préposées d’aide à domicile», communique le Réseau des EÉSAD dans sa lettre à la ministre McCann. 

Le directeur général, Benoit Caron, craint maintenant de ne pas être en mesure de ramener en poste les employés récemment mis à pied. «Depuis ce temps, il y a une démobilisation et à cela s’est ajouté le programme fédéral de 2 000$ par mois qui, pour plusieurs des préposés qu’on a mis à pied, est fort intéressant», remarque-t-il. 

«On a encore beaucoup de préposés, mais le coup de massue total c’est qu’hier nos préposés n’ont pas eu 4$ de plus», ajoute le directeur général du Réseau des EÉSAD. «On a donné 4$ aux préposés aux bénéficiaires qui sont dans des résidences, mais on n’a pas donné aux préposés qui vont chez les personnes en perte d’autonomie. Ces personnes-là n’ont rien reçu hier.»

Les enjeux entourant la rémunération des préposés d’aide à domicile ne datent pas d’hier. «Épousseter un photocopieur vaut plus que d’aller laver une personne en perte d’autonomie, c’est assez invraisemblable, mais c’est la réalité au Québec, et là elle vient de s’empirer avec la crise», affirme Benoit Caron.

Dossier en étude au Ministère

Interpellé sur le sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît que «les EÉSAD sont des partenaires importants pour le réseau de la santé» et que «leur contribution pour le maintien à domicile des aînés et des personnes handicapées est essentielle», soutient Alexandre Lahaie, attaché de presse de la ministre Danielle McCann.

Selon lui, le dossier des travailleurs du soutien à domicile est présentement étudié par son ministère.