La Corporation des services d'ambulance du Québec croit que la nationalisation entraînerait la création d'une structure gouvernementale qui gonflerait les frais d'administration.

Des voix s'élèvent contre la nationalisation des services ambulanciers

La nationalisation des services ambulanciers d'urgence au Québec ne serait pas aussi payante qu'elle en a l'air, selon les propriétaires privés et les coopératives de services ambulanciers. Ils s'appuient sur une étude comparative, qu'ils ont commandée, entre les coûts des entreprises privées et des coopératives et ceux ­d'Urgences-Santé, qui dessert Montréal et qui est la propriété du gouvernement. Une comparaison a également été effectuée avec les services ambulanciers en Montérégie.
«Si c'était privatisé à Montréal, on a calculé que ça coûterait 13 millions $ de moins par année. Pour la comparaison, on a pris les paramètres du contrat en province et on les a appliqués à Montréal. À l'inverse, si on appliquait si le système qu'on a à Montréal dans les régions, les coûts seraient plus élevés», a soutenu, au Soleil, le directeur général de la Corporation des services d'ambulance du Québec, Denis Perreault.
Il réagissait à un article précédent publié dans Le Soleil dans lequel l'ex-directeur des services préhospitaliers d'urgence de la Gaspésie, le Dr Sylvain Trudel, avait avancé que le taux de profits de compagnies ambulancières s'élevait jusqu'à 20 % avec un niveau de risque faible, voire inexistant. Il avait plaidé en faveur de la nationalisation de ces services et la récupération des profits et des ristournes pour améliorer les services.
Frais d'administration
Pour sa part, M. Perreault a rétorqué que les profits et les ristournes actuels des propriétaires privés et des coopératives serviront plutôt à augmenter le nombre de cadres et à gonfler les frais d'administration d'une nouvelle entité gouvernementale sans donner plus de services à la population. De plus, il estime qu'il est faux de prétendre que la marge de profits des entreprises de services ambulanciers est très élevée. «Elle se situe à près de 12 %», a-t-il dit.
Par ailleurs, le directeur général de la Corporation des services d'ambulance du Québec a apporté des bémols quant à la valeur relativement élevée d'un permis pour une ambulance qui peut atteindre 500 000 $ lors d'une transaction. «Ça ne vaut pas ça. Quelqu'un de nouveau dans le secteur ne paierait jamais ce prix. Par contre, une entreprise existante qui veut prendre de l'expansion peut le faire avec un horizon de rentabilité sur plusieurs années», a-t-il expliqué.
Des «ragots»
Lors de la présentation de leur mémoire devant le comité sur les services ambulanciers d'urgence, les représentants de la Corporation ont qualifié de «ragots» les motifs utilisés dans une pétition pour demander l'étatisation.
«Tous les ragots qui sont colportés, soit par certains qui aspirent à un confort tranquille que procure l'État-employeur, ou soit par d'autres qui ne comprennent pas qu'une entreprise qui ne réalise pas de profits constitue un plus grand coût éventuel pour l'État, nous rappelons que toutes ces rumeurs, donc, ne sont jamais soutenues par un examen sérieux et objectif de la réalité économique de ce partenariat», peut-on lire dans le document.
En outre, les propriétaires d'entreprises ambulancières ont déploré la «mentalité d'assiégés» des responsables des services préhospitaliers dans les agences régionales et au ministère de la Santé. Ils souhaitent la mise en place d'une agence qui relèverait du ministre de la Santé et qui verrait au bon fonctionnement des services préhospitaliers d'urgence.
Le rapport du comité d'analyse sur les services préhospitaliers d'urgence est attendu ce printemps.