Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Des supercliniques mieux financées mais moins efficaces, déplore le PQ

Le Parti québécois a profité de l’étude des crédits budgétaires du ministère de la Santé lundi pour s’en prendre au programme de supercliniques du gouvernement. Il déplore que ces supercliniques voient moins de patients en sans rendez-vous que lorsqu’elles étaient cliniques-réseau, pour un financement pourtant supérieur.

La députée de Taillon, Diane Lamarre, a déposé une compilation faite à partir des données obtenues du ministère de la Santé. Dans la grande majorité des cas, les cliniques-réseau avaient accueilli plus de patients en sans rendez-vous l’année précédant leur adhésion au programme de supercliniques, a déploré la porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé.

Les supercliniques reçoivent plus d’argent pour voir au total 51 865 patients de moins par année, a calculé Mme Lamarre, précisant qu’une clinique-réseau recevait 300 000$ par année (conjoint ministériel et territorial), alors que le financement octroyé à une superclinique varie entre 357 204$ et 788 936$, selon son niveau.

«C’était une solution censée améliorer l’accès, mais c’est de poudre aux yeux», a décoché la députée de Taillon, qui se demande comment le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a pu imposer aux supercliniques «des cibles plus basses».

Le ministre Barrette a dit qu’il allait prendre connaissance de la compilation déposée par l’opposition officielle avant de la commenter. Il a du reste réitéré que «oui, les supercliniques sont une solution», et que ce programme, de même que la loi 20, avaient eu pour effet de diminuer les visites à l’urgence pour les patients classés P4 et P5, les deux catégories les moins prioritaires.

Le ministre s’est également dit d’avis que la superclinique qui donne actuellement 10 000 sans rendez-vous à la clientèle non inscrite allait éventuellement «en donner 20 000».

Mieux supporter SABSA

L’étude des crédits en santé a aussi été l’occasion pour le Parti québécois de demander au ministre Barrette de mieux soutenir la clinique SABSA, qui soigne la clientèle vulnérable des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Actuellement, l’entente entre le CIUSSS de la Capitale-Nationale et la clinique SABSA couvre seulement les fournitures médicales de même que les salaires d’une infirmière praticienne spécialisée à temps plein et d’un travailleur social une journée par semaine.

Dans son dernier rapport annuel, la coopérative écrivait qu’il faudrait «réviser le protocole d’entente avec le CIUSSS de la Capitale nationale, car la réalité de nos opérations exige des besoins additionnels». La clinique, qui a reçu 3655 visites de patients l’an dernier (1349 personnes différentes, dont 515 nouveaux patients) calcule qu’il lui faudrait 165 000$ supplémentaires pour payer notamment le personnel administratif, le loyer, l’entretien des locaux ainsi que les fournitures et l’équipement de bureau.

La clinique SABSA

Diane Lamarre souhaite que les coûts d’opération de SABSA soient couverts par le réseau. Les médecins, a-t-elle comparé, reçoivent une bonification de leur rémunération pour couvrir leurs frais de cabinet. «Pourquoi ne pas appliquer quelque chose de comparable pour SABSA?» a demandé la députée.

Au début du mois d’avril, le maire Labeaume avait lui aussi livré un plaidoyer en faveur de la coopérative de la rue Saint-Vallier Est, qu’il voudrait voir mieux financée. «On a fait le tour, et il n’y a pas de fit institutionnel [pour du financement]. […] J’en ai parlé à qui de droit, j’en ai parlé au ministre, j’ai fait des démarches, mais vous savez, le système, c’est pas très véloce, c’est pas si agile que ça», avait laissé tomber M. Labeaume en conférence de presse, tout en promettant d’aider SABSA «à faire en sorte qu’on crée une nouvelle case».

Un financement «équitable»

Le ministre Barrette a souligné lundi que SABSA était «un mélange de communautaire et de soins aux gens», que la clinique chevauchait «deux états». «Par équité, la partie publique de SABSA est financée à la hauteur de ce que le réseau donne à tout le monde. […] Une organisation comme SABSA a choisi d’avoir un certain nombre d’activités financées par des sources extérieures. On n’est pas dans une dynamique institutionnelle, et ce n’est pas ce que souhaite SABSA», a-t-il fait valoir.

Le ministère, a-t-il rappelé, a déjà proposé à SABSA de s’intégrer au CLSC avoisinant, «et on est arrivé à la conclusion que la formule actuelle était satisfaisante pour elle, pour son modus operandi».

«Je suis surpris qu’une amorce de négociation se fasse par notre collègue, qu’on ait ce débat là aujourd’hui», a laissé tomber le ministre.