Deux sexagénaires sont décédés au printemps à la suite d'une intoxication accidentelle, alors qu'ils voulaient soigner leur toux avec du sirop.
Deux sexagénaires sont décédés au printemps à la suite d'une intoxication accidentelle, alors qu'ils voulaient soigner leur toux avec du sirop.

Des sirops contre la toux jugés dangereux

Marie-Pier Duplessis
Marie-Pier Duplessis
Le Soleil
Deux coroners ayant enquêté sur la mort de deux personnes âgées remettent en question la vente libre de la plupart des sirops contre la toux.
Le Dr Pierre Guilmette et Me Andrée Kronström s'inquiètent en effet que de nombreux sirops commerciaux contiennent du dextrométhorphane, une substance potentiellement dangereuse. Ils demandent au gouvernement du Québec d'ajouter ce produit à la liste de médicaments qui doivent être vendus derrière le comptoir, de sorte que seuls les pharmaciens en aient le contrôle. Ils invitent également ces derniers à retirer le dextrométhorphane des tablettes avant même qu'un possible changement législatif les en oblige. Le tout dans le but que «monsieur et madame Tout-le-Monde cessent de s'automédicamenter avec une telle substance», explique le Dr Guilmette, en entrevue au Soleil.
Le Dr Guilmette et Me Kronström tirent leurs conclusions de leurs enquêtes sur les morts d'Yvon Boucher, 64 ans, et Marcel D'Amour, 65 ans, tous deux décédés au printemps dernier à la suite d'une intoxication accidentelle, alors qu'ils voulaient soigner leur toux avec du sirop.
M. Boucher aurait été victime d'un malaise cardiaque ayant été causé involontairement par un cocktail dangereux, lui qui prenait déjà du Prozac pour traiter sa bipolarité et du Biaxin pour soigner sa bronchite. «Le dextrométhorphane peut produire des interactions avec une foule de médicaments, dont une grande majorité d'antidépresseurs et certains antibiotiques. Dans le cas de M. Boucher, cette combinaison s'est avérée mortelle», signale le Dr Guilmette.
Dans le cas de M. D'Amour, c'est tout simplement un surdosage qui aurait été fatal, une situation qui aurait pu être évitée s'il avait obtenu les conseils d'un pharmacien, soutient la coroner Kronström.
L'Office des professions ainsi que l'Ordre des pharmaciens du Québec assurent qu'ils vont s'attarder aux conclusions du rapport des coroners, mais il est encore trop tôt pour savoir si les sirops contenant du dextrométhorphane seront retirés des tablettes. «Il faut trouver le juste milieu», tempère la présidente de l'Ordre des pharmaciens, Diane Lamarre. Elle souligne que le Québec est déjà plus restrictif que d'autres provinces, où l'on peut se procurer le médicament dans les épiceries et les stations-services.
Mme Lamarre considère par ailleurs qu'il est pratique pour bien des personnes d'avoir accès à ce type de produit sans avoir à se présenter à un comptoir de pharmacie. «Le médicament qui cause le plus de mortalité par intoxication, c'est l'acétaminophène [Tylenol]. Or, personne ne demande à ce que tous les acétaminophènes ou anti-inflammatoires soient retirés des tablettes», dit-elle, en ajoutant que les pharmaciens sont déjà en train de réfléchir à des mesures concrètes pour alerter les patients à propos des risques de certains produits en vente libre.
Les sirops contenant du dextrométhorphane affichent parfois l'abréviation «DM» dans leur appellation, mais il vaut mieux consulter la liste des ingrédients sur l'étiquette du flacon.
Une substance inefficace?
Le Dr Pierre Guilmette soutient que même après 60 ans d'utilisation, l'efficacité du dextrométhorphane n'a jamais été démontrée. Il s'appuie sur des études récentes ayant comparé l'emploi de ce médicament contre un placebo et du miel, et où ce dernier se serait avéré le meilleur pour contrôler la toux. «C'est bien certain que dans mon rapport, je fais mention du fait que cette substance est inutile, à tout le moins dangereuse, et puis les gens pourront tirer leurs propres conclusions», prévient-il.
Si les chercheurs sont unanimes à l'égard de l'inefficacité du dextrométhorphane chez les enfants de moins de six ans, Diane Lamarre affirme pour sa part qu'il n'y a pas de consensus pour le reste de la population. Chose certaine, et le Collège des médecins va dans le même sens, c'est que les médicaments sous forme liquide comme les sirops sont souvent banalisés, de sorte que les gens sous-estiment souvent la posologie suggérée.