Quand les chercheurs ont effectué un suivi auprès des enfants à l'âge de sept ans, ils ont constaté un QI plus faible chez ceux dont la mère présentait les niveaux les plus élevés de ces produits chimiques pendant sa grossesse.

Des produits chimiques pendant la grossesse nuiraient au QI du bébé

MONTRÉAL — L'exposition à une gamme de produits chimiques pendant le premier trimestre de grossesse a été associée à un quotient intellectuel plus faible de l'enfant à l'âge de sept ans.

Des chercheurs de l'École de médecine Icahn de Mount Sinai et de l'université suédoise Karlstad ont analysé 26 produits chimiques trouvés dans l'urine et le sang de 718 Suédoises pendant leur premier trimestre de grossesse. On compte parmi ces substances le bisphénol A (BPA), qu'on retrouve dans les contenants de plastique, ainsi que des pesticides, des phtalates et d'autres produits chimiques retrouvés dans les produits de consommation.

«Ils ont vraiment mesuré tous les contaminants qui sont sur le radar des scientifiques comme étant à risque pour le cerveau des enfants, a commenté Maryse Bouchard, qui est professeure agrégée au département de santé environnementale et de santé au travail de l'Université de Montréal. Je dirais que c'est une des premières études qui a exploré "l'effet cocktail" sur le développement de l'enfant au niveau des fonctions intellectuelles.»

On savait déjà que certains de ces 26 produits sont des modulateurs endocriniens qui peuvent interférer avec les hormones chez l'humain. D'autres ont cet effet chez les animaux, et d'autres ont une structure chimique qui ressemble aux modulateurs.

Quand les chercheurs ont effectué un suivi auprès des enfants à l'âge de sept ans, ils ont constaté un QI plus faible chez ceux dont la mère présentait les niveaux les plus élevés de ces produits chimiques pendant sa grossesse. Cela était particulièrement vrai chez les garçons, dont les scores de QI étaient inférieurs de deux points.

Attention au bisphénol F

Le produit qui semblait le plus étroitement associé à une réduction du QI était le bisphénol F - un remplaçant du BPA qui ne serait donc pas plus sécuritaire pour les enfants que ce dernier.

«C'est vraiment ça la question critique, la question qu'on se pose: parmi tous ces contaminants auxquels nous sommes exposés, lesquels sont les plus importants?», a dit Mme Bouchard.

On retrouve parmi les autres substances qui inquiètent les chercheurs le chlorpyriphos-éthyl, un produit phytosanitaire; les perfluoroalkyles, qu'on retrouve dans plusieurs produits de nettoyage; le triclosan, qu'on retrouve dans les savons antibactériens; et les phtalates, qui entrent dans la fabrication des plastiques polychlorure de vinyle (PVC) et des cosmétiques.

Plusieurs de ces produits ne restent que brièvement dans l'organisme, ce qui voudrait dire que même une exposition à très court terme peut être nuisible. Certains sont en mesure de traverser la barrière placentaire pour rejoindre le foetus et potentiellement causer des dommages irréversibles.

Cela étant dit, Mme Bouchard estime qu'il n'y a pas lieu de paniquer.

«On parle d'un effet relativement modeste. C'est de l'ordre d'un ou deux points de QI, a-t-elle rappelé. Les résultats sont importants d'un point de vue de santé publique, parce que si on regarde les choses sur l'ensemble de la population, oui ça peut avoir un effet populationnel de retirer un à deux points de QI à tout le monde, mais ça n'aura pas d'effet sur la vie des individus en tant que tel.»

De telles études sont surtout utiles pour les dirigeants, croit-elle. Il s'agit d'aller bannir les substances qui sont en cause, et cette étude-là aide à les identifier, a-t-elle dit.

Cette étude n'est pas la première à associer des modulateurs endocriniens présumés comme le BPA et les phtalates à des problèmes neurodéveloppementaux chez les enfants.

Les chercheurs souhaitent maintenant mener de nouvelles études pour déterminer comment l'exposition à ces produits plus tard pendant la grossesse et pendant l'enfance influence les résultats.

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal scientifique Environment International.