Selon un gestionnaire de casse-croûte d'arénas à Québec jusqu'en 2014, il est inévitable que des comptoirs soient remplacés par des distributrices, car les petits arénas ne génèrent pas suffisamment de volume pour être rentables.

Des machines au lieu de casse-croûte à l'aréna

Des centres sportifs de la ville de Québec pourraient bientôt perdre leur casse-croûte au profit de machines distributrices «attrayantes», tandis que l'administration municipale laisse tomber pratiquement tous ses impératifs en matière d'alimentation santé.
La Ville de Québec a publié la semaine dernière un appel d'intérêt pour le renouvellement des concessions alimentaires dans 13 installations sportives, qui constituent autant de lots différents. Cela va du Centre sportif Marc-Simoneau à l'Arpidrome de Charlesbourg en passant par des arénas de quartier comme Bardy ou Duberger. 
Le processus pourrait signifier la mort de plusieurs casse-croûte. «Selon la fréquentation des lieux, la Ville de Québec est ouverte à étudier les propositions qui offriront des solutions hybrides (restaurants et machines distributrices) et dans d'autres contextes, uniquement des distributrices alimentaires attrayantes pour les usagers fréquentant les lieux», nous apprennent les documents de l'appel d'intérêt. 
Par ailleurs, la Ville prend de plus en plus ses distances du virage santé forcé en 2008, lequel avait entraîné une forte baisse des ventes. 
Moins de restrictions
Déjà, lors du dernier appel d'offres pour l'exploitation des comptoirs alimentaires, en 2012, la Ville avait entériné le retour des friandises, des boissons gazeuses et des poutines tout en se disant «d'avis que l'activité physique et la saine alimentation vont de pair». Elle exigeait néanmoins que l'offre santé constitue «au moins 30 % des items au menu et de l'espace d'affichage des produits offerts». Plus précisément, la vente de gomme à mâcher et de boissons énergisantes était interdite. Les frites devaient être cuites au four. 
Rien de tel cette fois-ci. La Ville parle plutôt de permettre «à l'utilisateur des restaurants d'avoir une offre alimentaire diversifiée incluant des choix santé». L'un des objectifs est ainsi de «respecter une alimentation prenant en considération les saines habitudes de vie qui sont prônées par le Guide alimentaire canadien», par ailleurs fortement critiqué par les nutritionnistes. Pas un mot sur les frites, la gomme, les boissons énergisantes. 
«On ne voulait pas être limitatifs», fait valoir Wendy Whittom, porte-parole de la Ville de Québec. Selon elle, «il y a toujours une exigence d'aliments santé», mais il revient aux soumissionnaires de déterminer la place qui leur est faite. Mme Whittom suggère que des entreprises pourraient surpasser les anciens critères et se voir ainsi privilégiées. 
Avec cet appel d'intérêt, la Ville modifie la façon de trouver des exploitants pour les concessions alimentaires de ses centres sportifs. Au lieu de déposer un prix global pour tous les comptoirs, les intéressés peuvent soumettre des «propositions de concept d'affaires» pour le ou les sites de leur choix d'ici le 21 avril. «Ça pourrait intéresser des bannières qui n'auraient pas pensé entrer dans un aréna de la Ville», souligne Mme Whittom. 
Québec évaluera ensuite les idées reçues et négociera de gré à gré «les conditions d'un bail avec le proposant ayant la meilleure capacité de réaliser le projet». Le contrat, en vigueur le 1er juillet, variera entre deux et cinq ans. 
Ventes en chute libre
Hervé Lapointe, qui a été gestionnaire de casse-croûte d'arénas à Québec jusqu'en 2014 et songe à reprendre du service, croit que la Ville n'a pas le choix de revoir le modèle d'affaires, car les ventes sont en chute libre depuis cinq ans. Selon ses calculs, la baisse pourrait atteindre 30 %. 
M. Lapointe l'attribue à la concurrence des chaînes de restauration rapide qui se sont installées à proximité des centres sportifs ainsi qu'aux difficultés du secteur de la restauration en général. 
Selon lui, il est inévitable que des comptoirs soient remplacés par des distributrices, car les petits arénas ne génèrent pas suffisamment de volume pour être rentables.