À l'approche de la période estivale, les problèmes de découverture médicale dans les urgences préoccupe plusieurs associations de médecins.

Des lits de débordement qui échappent aux statistiques

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ignore la durée moyenne de séjour dans les unités de débordement des hôpitaux québécois, a-t-on appris mardi durant l'étude des crédits budgétaires 2017-2018.
En 2016-2017, on a placé, en moyenne, 511 patients par jour dans les unités de débordement, contre 482 l'année précédente, a exposé en commission parlementaire la députée Diane Lamarre, porte-parole du Parti québécois en matière de santé. 
Le PQ réclame que soient intégrées aux statistiques sur les urgences les données quotidiennes sur les unités de débordement. Une information qui permettrait de s'assurer qu'il n'y a pas de «camouflage» pour améliorer le bilan des urgences, selon l'opposition officielle.
Lorsque Mme Lamarre a questionné le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sur la moyenne d'heures passées dans les unités de débordement et les coûts d'occupation de ces lits, celui-ci n'avait pas de réponse à lui offrir. «La donnée n'est pas colligée dans notre système. Ça n'existe pas de façon formelle», a-t-il admis, tout en s'engageant à se mettre à la recherche de l'information demandée.
Puis, devant la députée qui revenait à charge, le ministre Barrette s'est dit d'avis qu'il s'agissait d'un «non-débat». «La durée moyenne de séjour dans des unités de débordement, ce n'est pas un problème. [...] Dans d'autres provinces, comme en Alberta, ils en ont aussi des unités de débordements», a souligné le ministre de la Santé, selon qui «une personne hospitalisée dans une unité de débordement, il n'y a pas de drame-là». 
L'enjeu, a-t-il insisté à plusieurs reprises, c'est de libérer les 10 % à 15 % de lits de courte-durée qui sont occupés par des personnes qui ne devraient pas y être et qui empêchent les patients de l'urgence de monter aux étages. 
D'où les 100 M $ investis par Québec pour désengorger les urgences, une somme qui doit être dépensée exclusivement pour acheter des ressources externes et libérer des lits aux étages des hôpitaux, a rappelé le ministre. 
Le problème, c'est que lorsque des lits se libèrent, il y a un excès d'«enthousiasme» chez les médecins, qui veulent tous «traiter des patients» et mettre la main sur un lit pour une chirurgie, par exemple, a illustré le ministre Barrette, qui a rappelé les PDG des établissements à l'ordre à ce sujet il y a deux semaines. 
Au député de Lévis, François Paradis, qui a souligné que le gouvernement Couillard piétinait dans son projet de réduire les temps d'attente aux urgences (un patient aura en moyenne attendu 15,6 heures en 2016-2017, soit essentiellement le même résultat que l'année précédente), le ministre Barrette a assuré qu'il maintenait sa cible électorale de 12 heures d'attente à l'urgence d'ici octobre 2018. 
«Je peux garantir que je ferai tous les efforts nécessaires pour atteindre la cible», a par la suite nuancé le ministre, tout en soulignant que le réseau n'était pas «une chaîne de montage» composée d'éléments «inertes». «Je ne peux pas, même si on m'affuble de ce pouvoir-là, contrôler tout un chacun», a-t-il dit.
Barrette a plié, selon Lamarre
La députée Diane Lamarre a accusé le ministre Gaétan Barrette d'avoir «plié» devant les médecins à propos des supercliniques annoncées lundi à Laval. Sur les six cliniques désignées, seulement deux seront ouvertes les soirs de fin de semaine, et elles le seront en alternance, a noté la critique péquiste. 
«Chaque superclinique devait ouvrir 84 heures par semaine. Là, on apprend que les cliniques [de Laval] vont ouvrir juste 76 heures par semaine, et que seulement deux vont être ouvertes le samedi soir et le dimanche soir. Est-ce que le ministre peut s'engager à ce que chacune des prochaines supercliniques qu'il va annoncer sera ouverte 84 heures par semaine?» a demandé la députée de Taillon.
Le ministre Barrette a dit ne pas avoir «plié», mais «négocié un investissement flexible» avec les médecins. «Ils ont proposé un modus operandi qui ne sera pas reproduit ailleurs», a-t-il assuré.
Le Dr Barrette a dit ne pas avoir voulu imposer quoi que ce soit aux médecins de Laval «parce qu'on n'est pas dans un mode d'imposition». «Elle [Diane Lamarre] me reproche de vouloir tout contrôler, mais elle veut faire plus que moi en termes de contrôle», a décoché le ministre. 
Que les médecins se le tiennent pour dit, a-t-il mis en garde : «Le PQ veut vous transformer en employés, et votre patron serait Diane Lamarre.»