Selon la majorité des jeunes consultés par divers organismes, les diagnostics menant à une médicalisation se font trop rapidement.

Des jeunes gavés de pilules

Au terme d'une large consultation menée auprès de jeunes et d'intervenants de plusieurs régions du Québec, des organismes jeunesse et d'autres oeuvrant en santé mentale font un constat inquiétant : on médicalise à outrance les difficultés des jeunes sans trop agir sur leurs conditions de vie.
«Dans un contexte où la médication est la réponse presque exclusive à la souffrance sociale et psychique, la place faite aux approches alternatives s'effrite à un rythme inquiétant. Nous craignons que de plus en plus de difficultés scolaires, familiales, relationnelles, économiques ou existentielles soient devenues une pathologie à traiter avec des moyens pharmacologiques», résument le Regroupement des Auberges du coeur, l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale et le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec dans un document synthèse préparé en prévision du Forum Jeunes et santé mentale : pour un regard différent, qui se déroule aujourd'hui à Drummondville.
La consultation menée auprès de 50 organismes, de 150 intervenants et de 160 jeunes révèle que le nombre de diagnostics médicaux augmente, que ceux-ci sont trop souvent apposés sur les étapes «normales» de la vie et que le recours à la médication pour régler des problèmes sociaux est banalisé. Selon la majorité des jeunes consultés, les diagnostics se font trop rapidement. «Ils n'ont pas l'impression d'être écoutés et respectés dans le processus», peut-on lire dans le document.
Mal informés
Autre constat troublant : la polyconsommation (alcool, drogues et médicaments psychiatriques) augmente et se fait de plus en plus jeune. Les jeunes se sentent également mal informés sur la médication qui leur est prescrite (effets secondaires et interactions avec l'alcool, par exemple).
«De nombreux jeunes soulèvent l'importance des effets secondaires. Ces derniers sont même parfois plus incommodants que les symptômes que la médication cherchait à contrôler. Certains jeunes disent même devoir prendre plusieurs médicaments, les uns pour contrôler les effets secondaires des autres», rapporte-t-on.
On constate aussi que, faute de médecin de famille, les consultations se font souvent en clinique sans rendez-vous, de sorte que les jeunes prennent longtemps la même médication sans suivi. Des problèmes d'accès aux services psychosociaux en raison des coupes et de la «déresponsabilisation de l'État» ont également été relevés. «De plus en plus de jeunes abandonnent leurs demandes d'aide, car les délais sont trop longs. [...] Les délais d'accès aux thérapies et aux approches alternatives sont importants. Le manque de gratuité entraîne un système à deux vitesses», souligne-t-on.
En entrevue au Soleil, Tristan Ouimet Savard, coordonnateur à la défense des droits du Regroupement des Auberges du coeur, a dit craindre que la pilule devienne «pratiquement une fin». Selon lui, la médicalisation et la médication des jeunes semblent devenir un remède aux «classes qui débordent» et à l'insuffisance des ressources psychosociales déployées dans les écoles. 
«Il y a des tas de mesures alternatives qui peuvent être développées pour éviter ou se sortir de la médication. Le contact humain, l'écoute, l'accueil, la thérapie, le sport, la méditation sont autant de mesures simples qui peuvent faire la différence. Malheureusement, il y a un accent qui est mis de façon démesurée sur le médical», déplore M. Ouimet Savard.
Quelques chiffres
• 1 jeune sur 12 a reçu un antipsychotique ou un médicament pour traiter des troubles anxieux ou de l'humeur en 2013-2014
• Plus de 5000 Québécois de 12 à 18 ans ont reçu une ordonnance d'antipsychotiques en 2015, contre 2800 en 2005
• Selon la Régie de l'assurance maladie du Québec, 13 % des jeunes du secondaire ont reçu un diagnostic de TDAH confirmé par un médecin
• Les Québécois consomment 35 % des médicaments anti-TDAH prescrits au Canada
• En 2014, le nombre de pilules de Ritalin consommées au Québec a grimpé de 12 % par rapport à 2013
• En 2014, la Régie a remboursé des antipsychotiques pour 108 enfants de cinq ans et moins et des antidépresseurs pour 63 enfants de cinq ans et moins 
Source: document synthèse préparé pour le Forum Jeunes et santé mentale