Depuis lundi, les quelque 35 aînés de la résidence Urgel-Pelletier quittent le milieu hospitalier pour un CHSLD flambant neuf.

Déménagement au CHSLD de Sept-Îles: Julianna Girard enfin «dans ses affaires»

Ce soir, Julianna Girard dormira seule, tranquille. À 92 ans, elle n'aura plus à partager sa chambre ni sa salle de bain, avec une ou trois... autres locataires. Ce soir, elle sera «enfin dans ses affaires». Un moment qu'elle attend depuis cinq ans. 
«C'est toute une affaire de déménager», pousse Mme Girard, qui a accepté que Le Soleil l'accompagne pendant cette journée aux allures d'un 1er juillet. Autour d'elle, tout s'active. C'est la prochaine à quitter le CHSLD du deuxième étage de l'hôpital de Sept-Îles pour habiter l'aile flambant neuve de la résidence voisine. 
«On va-tu être bien?» La dame interroge la responsable. «C'est sûr que oui», lui répond-elle. Les lieux où vivent Julianna Girard et quelque 34 autres usagers ne sont pas difficiles à battre. La résidence portait le code rouge depuis 2013. Ici, les résidents pouvaient être jusqu'à quatre par chambre, sinon c'était l'occupation double. 
Julianna Girard, 92 ans, a d'abord habité dans une chambre avec trois autres usagers, puis elle est passée à l'occupation double. Depuis mardi, elle est enfin seule dans sa chambre. Sa fille, Brigitte Boudreault l'a aidée à déménager.
Pas d'intimité
Impossible d'avoir de l'intimité, déplore la fille de Mme Girard, Brigitte Boudreault. Julianna Girard a passé les trois dernières années à cohabiter avec une autre dame. Deux lits cordés, une seule salle de bain, la même garde-robe. Bien peu d'espace entre ces quatre murs de chambre d'hôpital. Là-bas, tous auront leur chambre à eux. 
Julianna Girard, bien assise dans un fauteuil roulant, quitte le 264. Son lit la suit, poussé par deux employés. Pas un seul regard en arrière. «Je suis bien partout», nous confie-t-elle sans une once d'inquiétude. Sur le chemin, tout le monde l'arrête. «On se voit de l'autre bord, Mme Girard». Les infirmières et préposés sont aussi excités que les usagers. 
Une fois à la résidence Gustave-Gauvreau, contiguë à l'hôpital et agrandie pour accueillir les résidents du deuxième, la fébrilité est encore plus palpable. Ça grouille de monde. On déplace les usagers, les familles ne sont pas loin, le personnel s'installe. Des ouvriers encore sur place s'affairent aux derniers détails. 
«Il y a des bénévoles qui nous accompagnent. Des employés en congé et même certains à la retraite sont ici. Personne ne voulait manquer ça», explique la chef du programme du soutien à l'autonomie des personnes âgées, Anick Bellavance. Ça fait plus d'une décennie que le transfert des usagers est réclamé. 
Julianna Girard gagne enfin sa chambre. Le 169. Une belle pièce avec vue sur la cour extérieure. Elle a déjà à l'été. Sa fille a placé des portraits de famille sur le bord de la fenêtre. Le reste sera aménagé au cours de la semaine. «Les rideaux, le couvre-lit sont achetés», énumère Mme Boudreault. 
«Je vais peut-être trouver ça dur la première semaine», finit par avouer Mme Girard. Mais, pas de soucis, la réorganisation s'est faite selon la condition de chacun pour créer des milieux de vie à leur image. L'aînée se rassure d'ailleurs, voyant que «celle qui la suit depuis toujours» sera sa voisine d'en face. 
«Bon, maman voulez-vous aller visiter ou rester dans votre chambre?» demande sa fille. «Je veux aller visiter, c'est sûr».