Annie Gignac est choquée que sa mère soit décédée dans la voiture alors qu’elle avait appelé une ambulance et souhaite que le Bureau du coroner ordonne une enquête publique.

Décès d'une dame dans le stationnement d'un hôpital: une enquête publique réclamée

La fille d’une dame, forcée de se rendre à l’hôpital par ses propres moyens à cause d’un manque allégué d’ambulances, souhaite que le Bureau du coroner ordonne une enquête publique pour faire la lumière sur les défaillances de la couverture ambulancière dans la région de Québec.

Il y a deux semaines, Le Soleil révélait la fin tragique de Lisette Deslauriers, 70 ans, décédée le 20 décembre dans le stationnement de l’hôpital Chauveau, possiblement des suites d’une crise cardiaque.

Sa fille, Annie Gignac, est choquée par le fil des événements. «C’est assez épouvantable de mourir comme ça», confie-t-elle. Ce qui l’est surtout à ses yeux, c’est que sa mère avait pourtant composé le 911 à 12h51 pour demander une ambulance. 

Même si le dossier de sa mère n’a pas été catégorisé en priorité 1, elle soutient qu’un nombre suffisant d’ambulances sur le territoire aurait au moins permis aux paramédicaux de se rendre à son domicile dans un délai raisonnable et de juger de ses symptômes.

«Elle s’est fait dire qu’elle n’aurait pas d’ambulance avant une heure, une heure et demie. Elle m’a rappelé pour me dire ça. Elle m’a aussi dit qu’elle n’avait pas le choix d’attendre, que tout irait bien et de ne pas m’inquiéter.» C’est la dernière fois qu’elle lui parlait.

Mme Gignac, responsable d’une garderie en milieu familial, a demandé à son conjoint de se rendre chez sa mère pour la conduire à l’hôpital, accompagné de son père. Ils partaient quelques minutes après avoir annulé l’ambulance à 13h31. 

«Ils ont été obligés de demande l’aide d’une automobiliste qui passait dans la rue pour embarquer ma mère dans l’auto. C’était une infirmière auxiliaire. Elle m’a raconté qu’elle a senti l’état de maman changer lorsqu’elle a forcé pour rentrer ses jambes à l’intérieur.»

Mme Deslauriers avait un stimulateur cardiaque. Son gendre et son mari voulaient la conduire à l’hôpital Laval. Constatant l’état de la victime, l’infirmière leur a conseillé de se rendre à l’hôpital Chauveau, situé beaucoup plus près.

La septuagénaire est possiblement décédée pendant le transport. Munie d’un défibrillateur, l’équipe médicale intervenue d’urgence dans le stationnement à 13h45 n’a rien pu faire. «Le médecin qui était présent se demandait pourquoi elle n’était pas arrivée par ambulance», relate Mme Gignac.

La semaine dernière, le président de l’Association des travailleurs du préhospitalier (ATPH), Frédéric Maheux, avait alerté Le Soleil de ce cas désolant. Sans pouvoir dire que Mme Deslauriers aurait survécu, il considère qu’un nombre suffisant de véhicules aurait permis de mettre «toutes les chances de survie» de son côté. 

M. Maheux avait alors expliqué que le manque de véhicules est toujours criant à Québec même avec l’ajout en 2018 de 40 000 heures de temps d’ambulances par année, l’équivalent de 18 travailleurs à temps plein. 

Selon lui, il y a eu quelques menus ajouts en début d’année, mais le CIUSSS de la Capitale-Nationale reste sourd aux demandes de l’ATPH, reproche M. Maheux.

«Ça aurait pu faire une différence, croit Mme Gignac. C’est pour ça qu’elle accepte de parler publiquement. Une autopsie a été pratiquée et j’espère qu’il y aura une enquête publique du coroner. Si c’est la preuve que ça prend pour que les choses changent et que ça ne se reproduise plus, j’espère qu’il y en aura une», conclut-elle.