Guy Corneau

Décès de Guy Corneau: les groupes d'hommes ébranlés

Le décès de Guy Corneau, fondateur du Réseau Hommes Québec, jeudi, à l'âge de 65 ans, a profondément ébranlé les responsables des groupes d'entraide de la capitale, unanimes à souligner l'héritage à la cause masculine laissé par le réputé psychanalyste, auteur et chroniqueur.
Guy Dubé, responsable du groupe Partage au masculin, établi sur la Rive-Sud de Québec, ne cachait pas sa tristesse à la suite de la disparition de celui qui a tant fait pour amener les hommes à s'ouvrir davantage, à ne pas réprimer leurs émotions et à redécouvrir leur rôle de père.
«Guy Corneau a appris deux affaires aux hommes», lance l'intervenant de 73 ans. «Un, qu'ils pouvaient exprimer leurs émotions sans perdre leur virilité; deux, qu'ils pouvaient être des pourvoyeurs pour leurs enfants, mais aussi jouer un rôle affectif auprès d'eux. Maintenant, quand je vois un père dans un parc jouer avec ses enfants, je pense à lui.»
«Guy avait l'habitude de dire que si les gars étaient capables de régler leurs affaires entre eux, ils n'auraient plus de misère à être eux-mêmes avec leurs femmes et leurs enfants», ajoute-t-il.
M. Dubé rappelle que c'est d'ailleurs grâce aux enseignements du disparu qu'il avait pu se rapprocher de son père, lors d'une rencontre très émotive. «Je lui avais demandé s'il m'aimait. Je l'avais l'embrassé. Il m'avait rendu un baiser d'une telle tendresse... À sa façon, [mon père] était un homme de sa génération qui n'avait jamais appris à exprimer ses émotions.»
«Beaucoup de gars sont très touchés [par sa disparition]. Il laisse énormément. J'espère que sa mort va entraîner une relecture de son oeuvre.»
Livres marquants
Le Réseau Hommes Québec, qui compte 27 groupes à travers le Québec, a été fondé par Guy Corneau il y a 25 ans, dans la foulée du succès de son best-seller Père manquant, fils manqué, traduit dans une dizaine de langues. Parmi ses autres ouvrages, citons La guérison du coeur, L'amour en guerre et Le meilleur de soi, qui ont tous connu du succès ici et à l'étranger. Le disparu avait également touché au théâtre dans les dernières années.
«J'ai eu mon premier contact avec lui vers 1995, se souvient M. Dubé. Il est souvent venu à Saint-Georges [de Beauce]. Sa première conférence avait attiré plus de 600 personnes. J'ai aussi organisé des tournées avec lui sur le territoire de Chaudière-Appalaches.»
Mettre des mots sur les sentiments
«On doit beaucoup à Guy Corneau. Il a aidé beaucoup d'hommes à se connecter à leurs émotions», témoigne Serge Lépine, membre du comité de coordination du RHQ de la capitale nationale.
«Je me suis impliqué dans le réseau après le décès de mon épouse. J'ai été impressionné d'y découvrir des hommes capables de mettre des mots sur leurs sentiments et de les partager. Tranquillement, j'ai moi aussi appris à me connecter davantage à mes émotions. C'est toute une job...», poursuit le septuagénaire, père de trois garçons.
Coordonnateur régional au RHQ de la capitale nationale, Vincent Perreault se souvient d'avoir découvert Guy Corneau lors de ses collaborations avec Jeannette Bertrand, à l'émission Parler pour parler
«À l'époque, je vivais un moment de solitude. Je me suis dit que le réseau pouvait être un bon véhicule pour m'aider. J'y ai appris à développer ma confiance en moi et à développer une intimité avec d'autres hommes, à parler d'autre chose que de chars. Moi aussi, j'ai eu un père absent, mais j'ai réussi à surmonter cela avec mes pairs.»
De l'avis de M. Perreault, «l'aura [de Guy Corneau] aura permis d'assurer la pérennité du Réseau Hommes Québec.»
Sauvé par son père
Originaire de Saguenay, Guy Corneau a longtemps combattu un cancer à un stade avancé, une expérience qui l'avait inspiré pour écrire son livre Revivre! Il a également souffert pendant une bonne partie de sa vie de colite ulcéreuse, une maladie inflammatoire de l'intestin.
À cet égard, Guy Dubé rappelle une anecdote, déjà rendue publique par le disparu dans l'un de ses livres. Affaibli par un jeûne prolongé dans un centre spécialisé, dans le but de vaincre sa maladie, Corneau avait eu la surprise de voir son père débarquer pour venir à son secours in extremis. «T'as peut-être fait de moi LE père manquant du Québec, mais ce n'est pas vrai que je vais te laisser ici, lui avait-il dit.»
Maladie auto-immune
La mort de Guy Corneau survient à peine deux semaines après celle de sa soeur, Joanne, 64 ans, la célèbre artiste peintre connue sous le nom de Corno, décédée au Mexique où elle s'était rendue pour recevoir des traitements pour un cancer.
Le décès de Guy Corneau a été confirmé par son ex-femme, Sophie Andrieu, dont il était resté très proche. Selon Radio-Canada, il s'est éteint des suites d'une maladie auto-immune, à Montréal, entouré de ses parents et amis. Il laisse dans le deuil son fils de 5 ans, sa mère Cécile et sa soeur Line.