La hausse du nombre de congés de maladie prolongés se fait sentir autant chez les employés que chez les cadres du réseau de la santé. 

De plus en plus de congés de maladie dans le réseau de la santé

Les congés de maladie prolongés sont en constante augmentation depuis trois ans dans le réseau de la santé et des services sociaux, toutes catégories d'emploi confondues.
Selon les données obtenues par Le Soleil auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), la proportion d'assurance-salaire, c'est-à-dire le pourcentage des heures d'absences rémunérées en fonction du total des heures rémunérées dans les établissements publics, est passé de 4,6% en 2014-2015 à 4,7% en 2015-2016 et à 5,2% en 2016-2017 chez les membres du personnel en soins infirmiers et cardio-respiratoires.
Cette proportion a aussi augmenté chez les membres du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (5,6% en 2014-2015, 5,9% en 2015-2016 et 6,5% à 2016-2017), chez les membres du personnel de bureau, les techniciens et les professionnels de l'administration (4,5% en 2014-2015, 4,8% en 2015-2016 et 5,1% en 2016-2017), chez les techniciens et les professionnels de la santé et des services sociaux (3,6% en 2014-2015, 4% en 2015-2016 et 4,5% en 2016-2017), chez les membres du personnel «non visé par la loi 30» sur les unités de négociation - les pharmaciens et les biochimistes cliniques, par exemple - (1,9% en 2014-2015, 2% en 2015-2016 et 2,2% en 2016-2017) de même que chez les cadres (2,4% en 2014-2015, 2,4% en 2015-2016 et 2,9% en 2016-2017).
Au total, ce sont respectivement 413 M$, 423 M$ et 455 M$ qui ont été versés en assurance-salaire en 2013-2014, 2014-2015 et 2015-2016, d'après les documents des études des crédits consultés par Le Soleil. Le montant versé pour l'année 2016-2017 ne figure pas dans ces documents, et le Ministère n'était pas en mesure de nous le transmettre, lundi. «Les montants sont tirés des rapports financiers des établissements, alors que les données en pourcentage proviennent d'un autre système. Le montant 2016-2017 n'est pas encore disponible, il le sera à l'automne», explique la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn.
L'assurance-salaire inclut les absences prolongées tant pour les problèmes de santé physique que pour les problèmes de santé mentale.
«Normal et attendu»
Selon Mme Vanheuverzwijn, «il est normal et attendu qu'une réorganisation importante influence l'assurance-salaire». La porte-parole du MSSS fait ici référence à la loi 10 créant les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS), en vigueur depuis trois ans.
«Cela avait été observé en 2004, lors de la création des CSSS [centres de santé et de services sociaux]. Après quelques années, la proportion d'assurance-salaire avait connu une stabilisation puis un retour à la normale», souligne Mme Vanheuverzwijn.
Il n'empêche, devant cette augmentation, le Ministère est «déjà en action» afin d'infléchir la croissance de l'assurance-salaire, mentionne la porte-parole. Les mesures déployées mettent notamment l'accent sur la prévention et la formation des employés et des gestionnaires, précise-t-elle.
«Le MSSS doit également s'assurer que les établissements mettent en oeuvre toutes les actions possibles pour améliorer leur performance en matière de qualité de vie au travail afin de diminuer le recours à l'assurance-salaire et gérer de façon saine et rigoureuse les réclamations afin que les services soient dispensés par des personnes qualifiées et en quantité suffisante», ajoute Mme Vanheuverzwijn, tout en assurant que «l'objectif, ce n'est pas de rendre plus difficile l'accès à l'assurance-salaire, mais bien de travailler en amont et en prévention».
Pour la députée Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, ce recours accru à l'assurance-salaire démontre à quel point le personnel du réseau de la santé est «épuisé».
«Ce n'est pas une augmentation fortuite. Il y a une cause, et c'est la réforme du ministre [de la santé, Gaétan Barrette]. Il prétendait qu'on économiserait 220 M$ avec sa réforme, mais juste à voir l'argent versé en assurance-salaire, je ne suis pas sûre du tout qu'on économise tant que ça», dit Mme Lamarre.
Les employés du réseau portent les compressions sur leurs épaules, déplore la députée de Taillon. «Il coupe, il épuise tout le monde, mais au même moment, il trouve de l'argent pour les cliniques privées» comme la clinique Dix-30, qui a reçu 3,4 millions $ pour un projet-pilote de chirurgie, dénonce Diane Lamarre.