La nomination de David Lametti a suscité de l’espoir chez ceux qui considèrent que la loi sur l'aide à mourir est trop restrictive.

David Lametti ouvert à modifier la loi fédérale sur l'aide à mourir

SHERBROOKE — Le nouveau ministre fédéral de la Justice, David Lametti, se dit ouvert à entendre les propositions visant à garantir aux Canadiens gravement malades qu’ils ne seront pas obligés de mettre fin à leurs jours prématurément par crainte de perdre les fonctions cognitives requises pour obtenir l’aide médicale à mourir.

David Lametti, qui a été nommé à la Justice lundi, ne promet pas de changer la loi adoptée il y a deux ans et demi sur l’aide à mourir.

Il se dit cependant prêt à écouter ce que propose l’organisme Dying with Dignity Canada afin que d’autres Canadiens ne subissent pas le même sort qu’Audrey Parker.

Mme Parker est une femme de Halifax qui, l’automne dernier, a lancé un appel en faveur d’une modification de la loi.

Atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, Audrey Parker a été évaluée et approuvée pour obtenir l’aide médicale à mourir après avoir donné son consentement et satisfait à toutes les autres exigences énoncées dans la loi. Toutefois, comme le cancer progressait vers son cerveau, elle craignait de perdre la capacité de donner son consentement à nouveau au moment de recevoir le service. En conséquence, elle a dû mettre fin à ses jours plus tôt qu’elle ne l’aurait souhaité.

Shanaaz Gokool, présidente de Dying with Dignity Canada, affirme qu’il y a beaucoup d’autres Canadiens dans la même situation que Mme Parker. Certains cessent de prendre leurs médicaments contre la douleur par crainte d’affecter leurs capacités mentales ; d’autres attendent trop longtemps et finissent par se voir refuser l’aide à mourir même s’ils étaient déjà qualifiés.

Son organisation prévoit lancer une campagne le mois prochain afin de mettre de la pression sur le gouvernement pour qu’il modifie la loi de sorte que les personnes autorisées à bénéficier de l’aide à mourir puissent signer une déclaration garantissant qu’elles vont recevoir le service même si leur état mental se détériore.

Mme Gokool estime qu’un tel amendement pourrait être adopté simplement et rapidement, avant la fin de la session parlementaire en juin, qui devrait déclencher de manière non officielle la campagne électorale fédérale.

«Je suis intéressé à regarder ce qui va être fait et à écouter ce qui va être proposé», a déclaré le ministre Lametti lors d’un bref entretien en marge de sa première réunion du cabinet.

En ne fermant pas complètement la porte, David Lametti adopte déjà une position différente de celle de sa prédécesseure Jody Wilson-Raybould. Celle-ci avait catégoriquement rejeté la demande de Mme Parker l’automne dernier, affirmant que la loi actuelle établissait un juste équilibre et affirmant que le gouvernement «n’envisage pas de changement».

La nomination de M. Lametti a suscité de l’espoir chez ceux qui considèrent que la loi est trop restrictive parce qu’elle exige que la mort naturelle soit «raisonnablement prévisible» pour qu’une personne soit admissible à l’aide médicale à mourir. L’ancien professeur de droit était l’un des quatre députés libéraux à avoir voté contre la loi en 2016, arguant que cela pourrait être inconstitutionnel.

David Lametti soutient que la loi, qui doit être révisée au bout de cinq ans, devait être au départ «le début d’un dialogue» sur la question, y compris entre le gouvernement et les tribunaux.

«On surveille les procès, on écoute ce que disent les autres, on observe l’impact sur le terrain, comme tout bon gouvernement doit le faire», décrit-il.

La loi fédérale fait actuellement l’objet de deux contestations judiciaires, l’une au Québec et l’autre en Colombie-Britannique. Ces causes sont défendues par des Canadiens atteints de maladies dégénératives qui prétendent que l’exigence liée au décès prévisible les exclut injustement.