Intitulé «Médicaments opioïdes : s'injecter à moindres risques», le document très détaillé d'une vingtaine de pages inclut notamment les étapes à suivre pour la transformation, la filtration et l'injection d'opioïdes.

Crise des opioïdes: Québec publie un guide d'injection

Devant la crise des opioïdes qui menace le Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vient de publier un guide d'injection sécuritaire de ces médicaments. Une initiative attendue par les organismes d'aide aux toxicomanes, qui ont participé à l'élaboration du document.
«Les médicaments opioïdes [hydromorphone, morphine ou oxycodone] sont normalement consommés par la bouche, sous forme de capsules ou de comprimés. Parce que ces médicaments contiennent de la cire, de la cellulose ou du talc, s'ils sont injectés, les complications possibles sont : la formation de caillots de sang, des problèmes aux poumons et des lésions pouvant mener à des complications», souligne d'emblée le MSSS dans sa brochure intitulée «Médicaments opioïdes : s'injecter à moindres risques».
Très détaillé, l'outil d'une vingtaine de pages inclut notamment les étapes à suivre pour la transformation, la filtration et l'injection de médicaments opioïdes. «Les étapes de préparation pour une injection à moindres risques sont différentes de celles employées pour l'injection d'autres drogues comme la cocaïne ou l'héroïne», explique le ministère dans son site Internet.
On y apprend ainsi comment préparer, en 14 étapes, la poudre d'un comprimé ou d'une capsule dans une enveloppe en papier. Le MSSS fournit même dans sa brochure un patron d'enveloppe avec lignes pointillées à plier. 
«Pour réduire les risques liés à l'usage de médicaments opioïdes et avoir plus de solutions actives [moins de pertes], il est recommandé d'utiliser plus d'eau et une seringue de 3 cc, d'utiliser une filtration combinée [...] et de chauffer pour avoir une solution sans trop de résidus et avec moins de bactéries», résume le ministère dans sa conclusion. 
Le document contient également des conseils pour prévenir les risques liés aux surdoses de médicaments opioïdes, dont avoir de la naloxone à portée de main. Le gouvernement a d'ailleurs récemment décidé de libérer l'accès au puissant antidote contre les opiacés de façon à ce que tout le monde puisse s'en procurer gratuitement. 
Un guide attendu
Pour la coordonnatrice de Cactus Montréal, Sandhia Vadlamudy, ce guide était très attendu. «On devait vraiment avoir quelque chose d'adapté à la réalité des opioïdes médicamenteux. Ça fait quelques années que ça existe, mais ce n'était pas dans une proportion aussi grande que ce qu'on connaît aujourd'hui. Avant, la tendance était à la cocaïne, puis à l'héroïne. Là, elle s'est renversée», rappelle Mme Vladamudy, dont l'organisme a participé à l'élaboration du nouveau guide. 
Même son de cloche du côté de la Dre Marie-Ève Morin, qui oeuvre en dépendances au sein de la clinique montréalaise Caméléon, dont elle est la fondatrice. «Il était temps que le ministère fasse ce guide-là. Ça fait longtemps qu'il y a des décès à cause des opioïdes. Là, on en parle à cause du fentanyl illicite, mais ça fait 10-15 ans que les opioïdomanes s'injectent des médicaments opioïdes», souligne la médecin de famille, qui se réjouit que le ministère fasse, avec cette nouvelle brochure, de «la vraie prévention». 
«Les campagnes Say No To Drugs, ça ne fonctionne pas», dit la Dre Morin, tout en rappelant que la toxicomanie est une maladie. «Une fois qu'une personne est dépendante, ce n'est pas elle qui décide de s'injecter.»
S'il y a une voie illégale vers la dépendance, il existe aussi une voie légale, alors que plusieurs toxicomanes deviennent accros aux opioïdes après en avoir obtenus sur prescription médicale, rappelle la médecin. «Aujourd'hui, il y a beaucoup de fausses ordonnances et de revente d'ordonnances par des gens qui s'en font prescrire pour les revendre», note la Dre Morin.
C'est d'ailleurs dans ce contexte que le gouvernement a décidé de permettre au Collège des médecins d'accéder aux données de la Régie de l'assurance-maladie afin d'identifier les médecins qui prescrivent des médicaments opioïdes de façon inappropriée.
Nouveaux kits d'injection
Avec la nouvelle brochure du ministère seront distribués dans les organismes communautaires de nouveaux kits d'injection adaptés aux médicaments opioïdes, qui requièrent entre autres des seringues et des filtres différents de ceux qu'on utilise pour l'héroïne ou la cocaïne, par exemple. 
Selon la Dre Marie-Ève Morin, au-delà de ces initiatives, il faut impérativement améliorer l'accès aux traitements des dépendances. «Il y a des listes d'attente parce qu'il manque de ressources pour traiter les dépendances», déplore-t-elle.