Suivant les recommandations du rapport déposé vendredi midi, le ministre Barrette a annoncé que la docteure Lucie Poitras et la gestionnaire Lise Verreault se voyaient confier la mission de régler la crise des soins de santé des Îles.

Crise au CISSS des Îles: Barrette nomme deux accompagnatrices

Avec entre les mains un rapport énonçant clairement «une méfiance, un désordre et un climat très malsain» au CISSS des Îles-de-la-Madeleine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a annoncé, vendredi, la nomination de deux accompagnatrices pour régler la problématique.
Suivant les recommandations du rapport déposé vendredi midi, le ministre Barrette a annoncé que la docteure Lucie Poitras et la gestionnaire Lise Verreault se voyaient confier la mission de régler la crise des soins de santé des Îles. La première, notamment ex-directrice des services professionnels au CHU Sainte-Justine, veillera à redresser la gouvernance médicale. La seconde, ex-sous-ministre à la santé ainsi qu'à l'éducation, s'attardera à «revoir les pratiques administratives». 
C'est que le rapport final de l'audit tenu en juin, aux Îles, par l'actuel sous-ministre à la Santé, Michel A. Bureau, et des représentants de la Fédération des médecins spécialistes, de la Fédération des médecins omnipraticiens et du Collège des médecins du Québec, confirme et détaille les quelques conclusions du rapport préliminaire dévoilées par le Soleil à la mi-juin. 
«Grand malaise»
Les rédacteurs du rapport prennent soin de souligner d'entrée de jeu la spécificité de la pratique médicale aux Îles-de-la-Madeleine, le «fort sentiment d'appartenance» des médecins et leur volonté claire «de maintenir une pratique médicale de qualité». 
Pour le reste, rien ne va plus. 
Dans la section du rapport baptisée Le grand malaise des médecins des Îles et la gouvernance, la tension entre tous les acteurs impliqués est apparente. Le personnel médical se méfie ouvertement de la direction, qui elle blâme les médecins qui menace de quitter si l'on ne répond pas à leur demande. 
Mais la direction semble aussi «encourager à partir» certains médecins spécialistes, déjà difficiles à recruter, lorsque ceux-ci deviennent incertains vis-à-vis de leur avenir. Ajoutons aussi un flou dans les rôles des médecins omnipraticiens et spécialistes créant des tensions entre les deux groupes. 
Au milieu de tout cela, des médecins «dépanneurs» ont été nécessaires pour quelque 182 semaines de travail en 2016-2017, contre 113 en 2015-2016, un nombre qui était «déjà très élevé» selon les experts déplacés aux Îles.
En s'attardant plus précisément aux divers secteurs de soins, le rapport identifie une «crise en gynécologie à la suite à la déclaration de manque de confiance dans le personnel obstétrical», un «grand désordre» à l'urgence et une «crise interne des services en oncologie».
Haute direction «incapable et inhabile»?
S'il est difficile d'établir la responsabilité de chacun dans la crise actuelle, le rapport se montre particulièrement vocal envers la haute direction administrative, pourtant pas la cible initiale de l'audit tenu en juin. C'est qu'au-delà de la sphère médicale, les témoignages pointent vers une haute direction qui a laissé la situation dégénérer sans agir et qui semble «incapable et inhabile face à ce problème».
Que faire dans le contexte? Imposer une tutelle administrative, réinventer la gouvernance médicale, définir clairement les rôles et responsabilités des médecins, sensibiliser contre le dénigrement et créer un système de recrutement proactif, recommande notamment le rapport. 
Par voie de communiqué, vendredi, le ministre Gaétan Barrette s'est dit «persuadé que la docteure Poitras et madame Verreault sauront mettre en place les solutions les mieux adaptées possible afin de rétablir la situation».
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Extraits du rapport
• «Ce qui a frappé les membres visiteurs de l'audit, c'est la tension palpable entre les acteurs du réseau autant entre les médecins, le personnel infirmier et les administrateurs. Des mots très précis ont été mentionnés pour décrire le climat malsain actuel : dénigrement, intimidation, harcèlement, milieu toxique, représailles.»
• «En général le manque de ressources aux Îles n'a pas apparu flagrant. L'usage des ressources pose problème, dit-on.»