L’intervention examinée par l’Institut national de santé publique du Québec consiste en une subvention pour l’achat de deux portions de fruits et légumes par jour. Chaque ménage participant recevrait des coupons (ou une carte prépayée) échangeables contre des fruits et des légumes frais, congelés ou en conserve dans les épiceries.

Coup de pouce aux familles défavorisées pour l’achat de fruits et légumes

Un projet-pilote visant la subvention de l’achat de fruits et légumes pour les ménages à faible revenu débutera au cours des prochaines semaines, a appris Le Soleil.

Dans un rapport qu’il vient de publier, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) conclut qu’une subvention pour l’achat de fruits et légumes est «un outil d’intervention prometteur à inclure dans une stratégie globale d’amélioration de l’alimentation de la population québécoise». «Les connaissances scientifiques disponibles nous indiquent qu’il s’agit d’une intervention qui se montre efficace dans différents contextes», écrit-il.

L’organisme a analysé la faisabilité et l’acceptabilité sociale d’une telle mesure en menant notamment six groupes de discussions avec des membres de ménages défavorisés dans les régions de Montréal et de Québec.

L’intervention examinée par l’INSPQ consiste en une subvention pour l’achat de deux portions de fruits et légumes par jour. Chaque ménage participant recevrait des coupons (ou une carte prépayée) échangeables contre des fruits et des légumes frais, congelés ou en conserve dans les épiceries, les supermarchés et autres commerces d’alimentation. Les coupons auraient une valeur marchande de 62 ¢ par personne, par jour. Ainsi, un ménage de quatre personnes recevrait un coupon d’une valeur de 17,36 $ par semaine pour l’achat de fruits et légumes. 

«L’acceptabilité sociale de l’intervention auprès des populations ciblées était unanime. Certains soulignaient que le risque de stigmatisation était bien présent, mais, au final, ces risques étaient jugés moindres que les bénéfices liés à l’intervention», rapporte l’INSPQ. 

«Réaliste»

Quant à la faisabilité, l’organisme conclut qu’il apparaît «réaliste» de mettre en œuvre ce genre de programme de subvention au Québec. Certains principes doivent cependant guider sa mise en œuvre, selon lui. L’utilisation du coupon ou de la carte doit notamment être simple de façon à diminuer le plus possible la visibilité de la transaction et à réduire les coûts pour les marchands, et les lieux d’utilisation des coupons doivent être situés à proximité des ménages ciblés. 

L’INSPQ croit également que «l’intervention devrait être conçue de façon à maximiser les co-bénéfices». «Il s’agirait donc non seulement de viser l’augmentation de la consommation de fruits et légumes au sein des populations défavorisées, mais aussi, lorsque le contexte local s’y prête, de contribuer à l’atteinte d’autres objectifs socio-économiques, comme la promotion et la valorisation des produits bioalimentaires du Québec», propose-t-il. 

Selon l’organisme, une mesure économique pour améliorer l’accès aux fruits et légumes pour les populations défavorisées contribuerait à la réalisation des objectifs de plusieurs politiques gouvernementales actuelles, dont la Politique en prévention en santé, qui vise à favoriser l’accès physique et économique à une saine alimentation, particulièrement chez les communautés défavorisées ou isolées géographiquement. 

«Un projet d’évaluation dans le cadre d’un projet-pilote au sein de communautés diverses au Québec permettrait d’estimer les effets d’une mesure de subvention pour les fruits et légumes, afin de mieux le comparer aux autres instruments que les autorités publiques ont à leur disposition pour atteindre ces objectifs», conclut l’INSPQ.

Le ministère de la Santé est favorable à la réalisation d’un projet-pilote, a indiqué au Soleil la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn. «Un tel projet est d’ailleurs en préparation et devrait débuter au cours des prochaines semaines. C’est l’INSPQ qui agira à titre de mandataire pour réaliser ce projet-pilote visant à subventionner l’achat de fruits et légumes pour les ménages à faible revenu, en collaboration avec la Table québécoise sur la saine alimentation», précise Mme Vanheuverzwijn. 

Le projet-pilote aura pour but «d’évaluer les enjeux de mise en œuvre liés à une telle intervention, c’est-à-dire les facteurs facilitants et les obstacles rencontrés» et de mesurer son efficacité dans un contexte québécois, ajoute la porte-parole du ministère de la Santé.