Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Coronavirus : le Québec «en mode urgence»

«On brime un peu les droits individuels, mais c’est pour le bien collectif. Parce que, sinon, c’est tout le monde qui va le payer. Ça pourrait même être vous qui, plus tard, pourriez être infecté et ne pas pouvoir être traité de façon adéquate.»

Le directeur de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, ne se fait plus d’illusion. Pas plus que le premier ministre du Québec, François Legault. L’épidémie de coronavirus (COVID-19) va frapper le Québec. Et plus tôt que tard.

Les deux hommes ont donc tenu leur première conférence de presse quotidienne conjointe, jeudi, pour annoncer une série de directives gouvernementales dans le but de freiner la propagation. Les ministres de la Santé, Danielle McCann, et responsable des Aînés, Marguerite Blais, étaient à leurs côtés.

À partir de jeudi et jusqu’à nouvel ordre, tous ceux qui rentrent de voyage sont priés d’observer une «quarantaine» de 14 jours, à la maison. Spécialement les employés des réseaux de la santé, de l’éducation et des services de garde d’enfants pour qui l’isolement est obligatoire, tout comme pour leurs collègues de la fonction publique.

Rassemblements de plus de 250 personnes interdits. Garde de sécurité aux portes des CHSLD. Parlement fermé aux visiteurs. Premier ministre du Canada en isolement. Saisons du Canadien, des Remparts et de l’Impact suspendues. Certains cours universitaires, la plupart des spectacles et même la messe sont annulés.

Le gouvernement du Québec n’exclut pas l’idée de fermer les écoles, comme en Ontario et en France. Le premier ministre évoque la possibilité de sceller les frontières, qui relèvent toutefois du fédéral. Cloîtrer l’île de Montréal ne s’avère même plus impensable, si c’était nécessaire.

«Tout le Québec doit se mettre en mode urgence», a déclaré le premier ministre Legault, d’un ton grave. «La situation est sous contrôle en ce moment, mais on ne peut rien exclure. Les prochaines semaines vont être critiques. Notre but, c’est de ralentir au maximum la propagation du virus, mais il faut être réaliste. On est dans une crise qui va durer des mois. Donc, je veux faire appel à la solidarité des Québécois, au sens des responsabilités de tout le monde», a-t-il affirmé.

«Très honnêtement, je ne pense pas qu’on va avoir [juste] 13 cas [le compte de jeudi midi], que ça va redescendre et que ça va être zéro. Je pense que c’est presque impossible», avance le Dr Arruda. De là l’idée de ne pas attendre avant d’implanter des obstacles à l’épidémie, afin de ralentir la courbe de propagation de la COVID-19.

«Le pire [qui pourrait survenir], c’est que tout arrive en même temps et qu’on soit obligés, à un moment donné, de faire des choix [dans un système de santé débordé] et dire : “Est-ce que c’est cette personne-là qu’on traite ou l’autre?” Et ça, on ne veut pas arriver à ça», explique le directeur de la santé publique.

À la maison, payés

Les employés de l’État confinés à domicile «vont continuer d’être payés», assure M. Legault. «Pour ce qui est du secteur privé, je veux demander aux employeurs d’être compréhensifs. C’est très important que toutes les personnes qui reviennent de l’étranger ou qui soupçonnent d’avoir les symptômes de rester à la maison.»

Un programme de compensations financières sera bientôt annoncé pour les travailleurs qui n’ont plus de congé de maladie et qui restent à la maison par mesure de prévention, sans pouvoir réaliser de tâches à distance.

Les entreprises en manque de liquidité à cause des impacts de la COVID-19 recevront aussi du soutien gouvernemental. «On ne va laisser tomber personne», promet le premier ministre, demandant «à tous ceux qui sont capables de faire du télétravail, de le faire».

Les gens les plus à risque de souffrir du coronavirus sont les personnes âgées. Le gouvernement postera donc à la porte d’entrée de chaque centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) du Québec, dès vendredi, «une personne responsable de la sécurité qui va poser des questions», souligne la ministre responsable des Aînés.

«Si on n’est pas obligé d’aller visiter nos personnes vulnérables dans les CHSLD, qu’on s’abstienne. Normalement, je vous dis le contraire : “Allez visiter nos personnes âgées!” Mais là, si vous sentez que vous avez un syndrome d’allure grippale, si vous toussez, si vous avez des problèmes respiratoires, si vous avez voyagé au cours des 14 derniers jours, n’allez pas visiter nos aînés dans les CHSLD», insiste Mme Blais.

«Téléphonez-leur», propose de son côté le Dr Arruda, une habitude à prendre dans toutes les saisons de grippes, rappelle-t-il. «Si vous revenez de l’étranger ou si vous avez des symptômes comparables aux symptômes de la grippe, n’allez pas visiter les aînés. C’est important, ce sont les personnes qui sont les plus à risque. Donc, tout le monde, tous les Québécois doivent faire leur part», martèle le premier ministre.

Le pouvoir d’enfermer

On parle pour l’instant d’isolement obligatoire et d’interdiction de rassemblement. Mais les pouvoirs de l’État s’étendent bien au-delà, explique M. Arruda. C’est «ce qu’on appelle une menace appréhendée. La menace peut ne pas être là encore», élabore le médecin et directeur de la santé publique du Québec.

«On peut même obliger une personne à être traitée, et, si elle ne veut pas être traitée, on l’enferme complètement. Ça existe dans les cas de tuberculose. On a ces pouvoirs-là qu’on doit utiliser de façon intelligente, bien entendu, toujours avec la collaboration du maximum de monde, mais ces pouvoirs-là sont là. On peut même déclarer une vaccination obligatoire d’urgence en cas d’urgence sanitaire, ce qu’on n’a jamais fait puis qu’on espère ne jamais faire au Québec.»

Les mesures actuelles arrivent au bon moment, selon le Dr Arruda. Même si le problème est connu à la Direction de la santé publique depuis janvier. L’acceptabilité sociale est maintenant là, ce qui n’était pas le cas il y a deux mois, croit-il.

L’opprobre social aussi est là. «Les gens vont faire attention, vont faire de la distension sociale. Si vous voyez quelqu’un qui va tousser, il va être mal vu dans le Costco s’il ne fait pas d’étiquette respiratoire», prévoit celui qui fait valoir que le rayon de contagion directe autour d’une personne s’établit à environ un mètre. Et qu’en plein air, le vent réduit de beaucoup cette saine distance.

Alors que la rencontre des premiers ministres canadiens à Ottawa a été annulée, M. Legault fera de nouveau le point sur la situation vendredi midi, en compagnie de Mme McCann et de M. Arruda. Ils répéteront le manège chaque jour, samedi et dimanche inclus.

Dans la foulée, la Coalition avenir Québec (CAQ) a annulé son congrès national prévu du 29 au 31 mai, à Trois-Rivières, ainsi que toute activité publique du parti jusqu’à nouvel ordre. À l’automne, la CAQ avait aussi dû annuler son conseil général de premier anniversaire au pouvoir à cause de fortes pluies.

Plongés en pleine course à la chefferie du parti, le Parti québécois et le Parti libéral du Québec vont quant à eux transformer tous les débats des candidats prévus devant public en des débats sans spectateurs diffusés sur Internet.

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POUR QUI LA «QUARANTAINE» DE 14 JOURS?

Isolement obligatoire

Employés de la fonction publique qui reviennent de l’étranger, peu importe le pays visité

Employés des réseaux de la santé, de l’éducation et des services de garde, dans le privé ou le public, et qui reviennent de l’étranger, peu importe le pays visité

Isolement volontaire

Personnes qui reviennent de l’étranger, peu importe le pays visité

Personnes qui ont des symptômes associés à la grippe ou au rhume

Quels événements sont annulés?

Événements intérieurs qui rassemblent plus de 250 personnes, pour les 30 prochains jours

Rassemblements qui ne sont pas nécessaires

Où puis-je m’informer?

Gouvernement québécois

8-1-1 ligne Info-Santé, si vous avez des symptômes

1-877-644-4545 questions et informations générales

www.québec.ca/coronavirus

Gouvernement canadien

www.canada.ca/le-coronavirus

1-833-784-4397