Compagnies pharmaceutiques : «l'industrie de l'escroquerie», dit QS

Les Québécois paient trop cher les médicaments à des pharmaceutiques qui consacrent trop peu à la recherche. C'est le résultat d'une politique pour faire plaisir à «une industrie pharmaceutique qui s'adonne à l'escroquerie», soutient Québec solidaire (QS).
Comme l'a indiqué Le Soleil, mardi, le député solidaire Amir Khadir a déposé un projet de loi pour créer Pharma-Québec. Cette proposition s'inspire de ce qui existe en Nouvelle-Zélande, a avancé le fougueux élu. La nouvelle société d'État hériterait d'une triple mission : l'achat groupé des médicaments, la production de produits génériques et le développement de la recherche et de l'innovation.
Selon M. Khadir, les citoyens économiseraient 2 milliards $ par an. Québec pourrait réduire de 680 millions $ à 1,9 milliard $ «les avantages consentis à l'industrie pharmaceutique».
En point de presse, l'élu de la circonscription de Mercier a insisté sur le fait que l'actuel programme s'inscrit dans l'action «de deux gouvernements successifs [du Parti québécois et du Parti libéral du Québec] complètement subjugués par le lobby excessivement puissant» des pharmaceutiques.
Lobbyisme
Amir Khadir est revenu sur une intervention qu'il juge frauduleuse de la part de Russell Williams. Député libéral de 1989 à 2004, celui-ci a alors démissionné pour se joindre à Rx&D, l'association des sociétés pharmaceutiques canadiennes.
«M. Williams, qui connaissait très bien la loi [sur l'assurance médicaments], a négocié avec l'Ontario une entente secrète pour donner à l'Ontario des rabais qu'il ne dévoile pas au Québec.» La divulgation de l'accord aurait eu l'effet d'accorder au Québec «des milliards de dollars de rabais sur le prix du médicament».
Amir Khadir s'est gardé d'accuser le lobbyiste d'avoir posé des gestes frauduleux. «Il n'est peut-être pas un escroc, mais l'industrie pharmaceutique s'adonne à l'escroquerie.» Par contre, le cheminement qu'il a suivi, après avoir quitté le gouvernement, serait «condamnable», en vertu des changements apportés, en 2009, à la législation sur le lobbying, a ajouté l'élu solidaire.
Selon lui, la naissance de Pharma-Québec constitue le moyen pour renverser «le déclin constant [des capitaux investis] pour l'innovation». Le Québec aurait «perdu près de 3000 emplois au cours des trois à quatre dernières années», malgré les promesses contraires de l'industrie.
Le député de la formation de gauche n'a pas hésité à citer un gouvernement de droite pour démontrer qu'il n'y a pas qu'ici que les compagnies de ce secteur ne respectent pas leurs engagements.
L'ex-président de la France Nicolas Sarkozy a demandé à Bernard Debré, médecin et député, de se pencher sur la problématique. L'analyse qu'il a signée «reprend mes propos par rapport à l'industrie pharmaceutique», a souligné M. Khadir.