Cigarette électronique: trop de périls pour les jeunes, selon la santé publique

Avec les jeunes toujours plus nombreux à vapoter, le directeur national de la santé publique Dr Horacio Arruda n’est pas prêt de se montrer plus conciliant avec la cigarette électronique. Au contraire.

Grand conseiller du ministre de la Santé du Québec depuis 2012, le Dr Arruda a participé à l’élaboration de la loi qui est venue, en 2015, réglementer sévèrement la cigarette électronique.

Pas interdire, note le directeur national de la santé publique, car cet outil pouvait aider les 20 % de Québécois toujours fumeurs qui souhaitent en finir avec cette dépendance.

Mais face à un produit aux visages multiples, aux effets encore mal connus, il fallait user du principe de précaution, estime-t-il.
Trois ans plus tard, appelé à témoigner au procès intenté par les associations de vapoteries contre le gouvernement du Québec, le Dr Horacio Arruda est toujours du même avis.

Popularité

La situation a même empiré aux yeux des spécialistes de la santé publique, ici comme ailleurs, dit le Dr Arruda, car la e-cigarette est maintenant très populaire chez les jeunes.

Une étude de l’université de Waterloo en Ontario, menée auprès de 52 000 jeunes Canadiens, montre qu’en 2016-2017, 10 % des élèves du secondaire avaient utilisé une vapoteuse au cours des 30 derniers jours. En 2014-2015, cette proportion était de 5,7 %.

Ce bond de 75 % est très inquiétant, soumet le Dr Arruda. «On voit que même sans publicité, le produit a déjà commencé à pénétrer le marché, note le médecin. Il faut se rappeler que la nicotine est considérée comme une drogue, c’est loin d’être un produit banal.»

Des nouveaux produits au design léché et à la performance rehaussée comme la vapoteuse JUUL arrivant des États-Unis ne vont qu’empirer la situation, croit le DSP. «Ce produit-là ne vise pas les fumeurs invétérés, observe le Dr Arruda. Il vise des jeunes qui vont trouver ça cool de vapoter avec un genre de clef USB!»

Le directeur national de la santé publique craint de voir l’arrivée de nouveaux dépendants.

Dans un futur plus ou moins lointain, la santé publique, dit le Dr Arruda, pourrait recommander de nouvelles restrictions, par exemple interdire la vente du tabac dans les épiceries et les dépanneurs pour les envoyer dans des boutiques spécialisées. «Ça peut représenter une certaine logique», indique-t-il.

L’Association québécoise des vapoteries et l’Association canadienne de vapotage demandent à la Cour supérieure d’invalider les dispositions de la loi québécoise qui encadrent la cigarette électronique, déjà visée par la loi fédérale. Selon les commerçants, les fumeurs manquent d’information sur les produits de vapotage en raison de la réglementation et sont atteints dans leurs droits.