CHSLD: le «dumping» de vieux déploré

Un autre côté sombre des services de santé au Québec a été dénoncé, mardi, en commission parlementaire portant sur les conditions de vie dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Il s'agit de ce qu'on a appelé le «dumping» de personnes âgées par les centres hospitaliers vers les résidences pour aînés ou leur domicile.
Le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins, a expliqué que des centres hospitaliers retournaient des personnes âgées et seules dans des conditions difficiles après un séjour à l'urgence. «Elles sont retournées en ambulance, en taxi. Des gens sont arrivés en jaquette en résidence à 11h le soir. On n'a pas le choix de les accepter», a-t-il raconté.
La députée libérale Marguerite Blais a également déploré ce traitement à des personnes âgées. Elle a fait part d'un cas similaire survenu en début de semaine dans sa circonscription. «C'est une dame de 81 ans. Je ne nommerai pas l'hôpital de Montréal. À minuit, ils l'ont mise dans un taxi, en jaquette, une couverture sur les épaules. Ils l'ont retournée à la maison. Elle est venue à mon bureau de comté. Elle était en pleurs. Ça arrive, ces situations. Je trouve ça inhumain», a-t-elle affirmé.
Selon les responsables des résidences pour aînés, l'état des personnes âgées victimes de «dumping» nécessitait leur hospitalisation ou, du moins, leur hébergement en CHSLD. Bien souvent, ce sont des aînés avec un fort déficit cognitif qui requièrent beaucoup de soins.
«On ne peut pas les prendre. On n'a pas le personnel. En plus, on contourne la réglementation. On va à l'encontre de la certification. C'est pas partout, tout le temps, mais c'est suffisamment important pour que nos membres le soulèvent un peu partout au Québec. C'est malheureux, mais c'est vrai», a admis M. Desjardins.
Trop de déménagements
Par ailleurs, le Regroupement québécois des résidences pour aînés a déploré les nombreux déménagements que doivent subir des personnes âgées avant d'avoir une place stable dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée. Pour une personne souffrant d'Alzheimer ou de démence, chaque déplacement vient la traumatiser, a-t-on souligné.
«Souvent, ça commence par l'urgence. Après ça, les lits d'évaluation ou pas. Après, ça va s'en aller en RI [ressource intermédiaire] pendant un bout. On peut retourner à l'urgence pour des évaluations. Après ça, on s'en va en CHSLD. On n'est pas nécessairement dans le CHSLD de notre premier choix au début. On peut être dans notre troisième choix. Des fois, carrément dans une autre région. Ça peut prendre deux ans et demi avant d'être dans le premier choix d'un CHSLD», a indiqué Paul Arbec, qui fait partie du conseil d'administration du Regroupement des résidences pour aînés.
À son avis, cette situation perdure depuis un bon nombre d'années. «Dans certaines régions, ça va mieux», a répondu M. Arbec.
Par ailleurs, M. Desjardins a déploré les règles qui font que des couples sont séparés dans des CHSLD. «Ce sont des règles administratives qui ne font pas de sens au plan humain», a-t-il dit.