«En date du 29 mars, on avait 1300 analyses en retard, à la mi-avril, on en avait 1659, et en date du 4 mai, on en avait 2360», énumère Jean-François Travers, représentant national de l’Association du personnel professionnel et technique dans Chaudière-Appalaches.

Chaudière-Appalaches: des analyses de laboratoire en attente depuis février

Les retards dans les analyses de laboratoire s’accumulent dans la région de Chaudière-Appalaches, alors que des centaines de cas de routine, qui doivent en principe être analysés dans un délai de 15 jours, sont en attente depuis des semaines, voire des mois, dénonce l’Association du personnel professionnel et technique (APTS).

En date du 4 mai, quelque 2360 cas de routine, qui sont les moins urgents à analyser, mais qui peuvent néanmoins «cacher quelque chose d’insoupçonné», étaient en attente, pour certains depuis le mois de février, selon Jean-François Travers, représentant national de l’APTS dans Chaudière-Appalaches. 

«Malgré l’affichage de temps supplémentaire volontaire en quantité industrielle le mois dernier à l’Hôtel-­Dieu de Lévis [qui est le laboratoire serveur pour les hôpitaux de Thetford Mines et de Montmagny dans le cadre du projet Optilab], les retards s’accumulent sans cesse depuis plusieurs semaines. En date du 29 mars, on avait 1300 analyses en retard, à la mi-avril, on en avait 1659, et en date du 4 mai, on en avait 2360», détaille M. Travers, selon qui seule l’embauche de personnel supplémentaire permettrait de résorber cette accumulation de retards. 

«On a une conscience professionnelle, et là, il y a des gens qui attendent après leurs résultats. Ma crainte, c’est qu’on trouve des choses qui auraient été facilement traitables et qu’il soit trop tard», a confié sous le couvert de l’anonymat une technologiste médicale de l’Hôtel-Dieu de Lévis, tout en convenant qu’à sa connaissance, «ce n’est pas arrivé, heureusement».

«Mais on ne peut pas rester en retard comme ça tout le temps. Quand on essaie de désembourber une place, on embourbe une autre place. On est toujours en train d’éteindre des feux. Le personnel est épuisé, il y a beaucoup d’heures d’absences pour maladie. On s’épuise à faire de la formation et à travailler en même temps. Le projet Optilab n’aurait jamais dû voir le jour avec le sous-staff qu’on a», dénonce cette employée, ajoutant que le laboratoire serveur de l’Hôtel-Dieu manque en outre de matériel fonctionnel pour préparer les spécimens. 

«On a beaucoup de retards dans les colorations, notamment […]. Et le système informatique n’est pas optimal pour la traçabilité des spécimens. Des fois, on cherche le spécimen, on pense qu’il est à Thetford, mais il est en Beauce. On perd du temps à chercher», déplore-t-elle. 

Jusqu’ici, ajoute la technologiste médicale, le syndicat a réussi à faire retarder de mars à novembre l’arrivée au laboratoire serveur des spécimens de l’Hôpital de Saint-Georges. «Mais je ne suis pas sûre qu’on va être en mesure de plus les recevoir en novembre…» laisse tomber celle qui réclame des bras supplémentaires. 

Cas de routine

Au CISSS de Chaudière-­Appalaches, on confirme des retards pour les cas de routine, mais à la différence du syndicat, on calcule les cas par patient, et non par échantillon, un patient pouvant avoir plusieurs analyses différentes sur un même échantillon. En date de vendredi, l’établissement dénombrait 1230 cas de patients en attente de résultats pour des analyses de routine. 

Toujours selon le CISSS, il n’y aurait aucune attente pour les biopsies urgentes, mais pour les biopsies non urgentes, qui doivent être analysées dans un délai d’une semaine, 127 cas étaient en attente en date de vendredi, «mais s’il y a des délais, c’est de seulement quelques jours». Idem pour les 15 cas de chirurgies pour cancer en attente, qui eux doivent être analysés à l’intérieur de deux semaines.

«Le plus préoccupant, c’est vraiment les cas de routine; le reste, on est en contrôle», affirme Annick Bouchard, directrice clinico-­administrative Optilab et directrice adjointe des services multidisciplinaires, volet services diagnostiques et télésanté, au CISSS de Chaudière-Appalaches.

Objectif zéro retard

Mme Bouchard assure que l’établissement est «en action» depuis plusieurs mois pour «optimiser [ses] processus». «On est en plan d’action intense dans ce département-là. Avec la pénurie de personnel, les postes n’étaient pas tous comblés. Mais à partir de la mi-juin, ils vont tous l’être, et on va être bons pour combler tout le retard. Deux personnes formées de plus par jour, ça paraît», dit-elle, ajoutant que «même si les cas de routine sont les moins urgents, l’objectif est d’avoir zéro retard».