On estime qu'un Canadien sur dix n'utilise pas les ordonnances de médicaments du médecin parce qu'il n'en a pas les moyens.

Cancer : le coût des médicaments explose

Il n'y a pas que les hausses de salaire consenties aux médecins qui mettent de la pression sur le budget de la santé au Québec. Les augmentations du coût des médicaments anticancéreux ont et auront aussi un effet majeur.
Le coût de ces médicaments est en train d'exploser au Québec et ailleurs dans le monde. D'ici 2018, ces médicaments qui sauvent des vies coûteront 300 millions $ de plus au Québec, soit deux fois plus qu'en 2012.  En comparaison, le coût des antidépresseurs prescrits au Québec est de 1 milliard $.
La hausse annuelle des coûts avoisine 20 % en raison des cas toujours plus nombreux de cancer et des prix très élevés des médicaments anticancéreux. Un traitement de chimiothérapie sur deux ans d'un cancer colorectal peut coûter jusqu'à 100 000 $, alors qu'un programme étendu de dépistage de ce cancer permettrait de réduire considérablement ces frais.
Les données sur les coûts des médicaments anticancéreux ont été reprises cette semaine dans une étude sur les coûts économiques du cancer au Québec pour le compte de la Coalition priorité cancer. Ces coûts avaient été établis par l'Institut national d'excellence de la santé et des services sociaux qui relève du ministre de la Santé. La Coalition regroupe plusieurs organismes professionnels, syndicaux représentant 1,5 million de membres.
«Il faut revoir le système de santé»
«On s'en va vers un point de rupture dans le budget de la santé d'ici quelques années si rien n'est fait», a commenté la présidente de la Coalition, Nathalie Rodrigue.
À son avis, il est possible de faire face à la hausse du coût des médicaments anticancéreux sans mettre en péril les finances de l'État. «Il faut revoir le système de santé. Il faut davantage financer les soins de proximité [cliniques médicales] au lieu de financer principalement les soins curatifs aigus dans les hôpitaux. Il va falloir que les médecins mettent la main à la pâte là-dedans. C'est eux qui contrôlent le système», a-t-elle soutenu.
Mme Rodrigue estime que le gouvernement devrait soutenir davantage les organismes communautaires qui viennent en aide aux personnes souffrant d'un cancer. «Cela pourrait éviter des déplacements à l'urgence et ça permettrait de faire des économies», a-t-elle dit.
Elle croit également qu'une culture de prévention doit être développée dès l'école. «Il faut commencer très jeune. On n'arrive pas avec quelqu'un de 45 ans et qu'on change toutes ses habitudes de vie. Ça devrait commencer à l'école dès la petite enfance en faisant faire de l'exercice, en augmentant les cours d'éducation physique, en ayant une saine bouffe dans les écoles. Il faut que ça devienne des habitudes de vie», a avancé Mme Rodrigue.
En 2013, on estime qu'il y a eu plus de 118 000 nouveaux cas de cancer au Québec. En tête de liste, c'est le cancer de la prostate avec 25 600 cas. Il est suivi par le cancer du sein (22 400), le cancer colorectal (16 300) et le cancer du poumon (7200).
En tenant compte de tous les coûts, dont ceux liés aux décès prématurés et aux dépenses supplémentaires des familles, l'étude commandée par la Coalition a conclu que les répercussions économiques du cancer au Québec ont dépassé 4,2 milliards $ en 2013.