On peut parler de cyberdépendance entre autres lorsqu'une personne joue en ligne à tel point qu'elle en subit des impacts négatifs sur les plans physique et psychologique.

Bye: calmer le vent de panique

Le documentaire «Bye», présenté comme la quête de l’homme d’affaires Alexandre Taillefer pour comprendre le suicide son fils Thomas, n’a pas encore été diffusé qu’un «vent de panique» souffle déjà chez certains parents. C’est du moins ce qu’observe le Centre Cyber-Aide, qui appelle au calme.

Le battage médiatique de la dernière semaine sur le très attendu documentaire, qui sera diffusé mardi à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, aura été suffisant pour inquiéter des parents quant à l’usage que font leurs enfants des ordinateurs. «Le terme cyberdépendance m’a sauté dans face au moment de son suicide. L’ordinateur devenait le centre de sa vie», déclare notamment M. Taillefer dans la bande-annonce.  

«On a reçu plusieurs appels cette semaine. Il y a des parents qui craignent que la cyberdépendance potentielle de leurs enfants ne les mène au suicide», a expliqué Cathy Tétreault, directrice générale du Centre Cyber-Aide.

Mme Tétreault veut être bien comprise : «il faut saluer» l’initiative de M. Taillefer. Elle se réjouit que les maladies mentales soient abordées de front dans le documentaire et que la cyberdépendance y soit discutée. «Je suis vraiment contente parce qu’il va donner la visibilité que j’essaie donner [à la cyberdépendance] depuis sept ans. […] Mais je veux aussi rassurer sur ce que ça peut causer comme malaise ou comme inquiétude.»

Mme Tétreault, dont l’organisme travaille en prévention à la cyberdépendance, soutient cependant qu’il faut éviter l’association «jeux vidéo» et «suicide». «Avec la bande-annonce, j’en ai vu assez pour savoir que certaines personnes vont paniquer», a-t-elle dit. «Je n’aime pas ça qu’on nomme les jeux vidéo en ligne et le suicide dans le même paragraphe. Tu t’imagines le vent de panique? Je ne connais pas un jeune qui ne joue pas. Ça se fait à différents degrés, dans différents contextes», a-t-elle ajouté, invitant à la nuance et à la prudence.

Le Centre Cyber-Aide ne dit pas de ne pas visionner le documentaire. «Le message à passer aux parents, c’est de le regarder, de consulter [s’il y a des inquiétudes], c’est certain, et d’aller chercher de l’information au niveau de la cyberdépendance.»


Je n’aime pas ça qu’on nomme les jeux vidéo en ligne et le suicide dans le même paragraphe. Tu t’imagines le vent de panique? Je ne connais pas un jeune qui ne joue pas. Ça se fait à différents degrés, dans différents contextes
Cathy Tétreault, directrice générale du Centre Cyber-Aide

Les jeux vidéo, ajoute Mme Tétreault, «ne sont pas le démon». Elle souligne que la cyberdépendance est un élément parmi plusieurs autres dans «la santé mentale globale». «Les jeux vidéo ou autres sont nécessaires au développement de l’enfant. Nous souhaitons à tout prix ne pas diaboliser Internet et les jeux.» 

La cyberdépendance, «ce n’est pas ce que tu vas chercher, c’est ce que tu ne vas plus chercher». Il y a lieu de s’interroger «si les jeux vidéo nuisent à ton sommeil, que tu ne manges plus, que tu ne sortes plus du sous-sol, que tu ne fasses plus de sport, que tu ne joues plus dehors ou que ça nuit à tes résultats scolaires».

Chez Centre CASA – Maison de Thérapie, le directeur général Jacques Vézina s’est gardé de commenter le documentaire. Il se réjouit néanmoins qu’on parle de cyberdépendance, un problème traité chez son organisme, mais seulement pour les adultes. 

«C’est important qu’on puisse parler de cyberdépendance. Les parents se sentent impuissants, ne savent pas trop comment intervenir auprès des jeunes», a-t-il affirmé. Comme Mme Tétreault, il estime que la cyberdépendance n’est pas encore un problème totalement reconnu dans le domaine médical. «Ça ne fait pas l’unanimité. […] La population a besoin d’être sensibilisée à cette réalité-là.»

Quant au documentaire Bye, il croit qu’il faudra le visionner «avec beaucoup de sérénité». «La panique n’est jamais la bonne solution.» 

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QUÉBEC ENGAGÉ DANS LA LUTTE AUX DÉPENDANCES À L'INTERNET

Le gouvernement du Québec répond présent dans la lutte aux dépendances liées à l’utilisation d’Internet. «Nous travaillons à finaliser le plan d’action interministériel en dépendance qui abordera notamment la cyberdépendance», a confirmé par courriel le cabinet de Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux saines habitudes de vie. Sans donner de détails sur ce qui sera fait concrètement, le ministère dit traiter la cyberdépendance comme un «phénomène en émergence».  

Cette ouverture réjouit les centres de prévention comme le Centre Cyber-Aide. «La préoccupation est entendue. Ils ont commencé [au ministère] des démarches pour la prévention. On veut prévenir, sensibiliser et informer la population», a expliqué Cathy Tétreault du Centre Cyber-Aide, qui dit avoir eu des contacts «positifs» avec le ministère. 

Selon Mme Tétreault, «tous ceux qui ont à intervenir auprès de nos jeunes» doivent apprendre à déceler un problème de cyberdépendance, qui, généralement, en cache un encore plus profond. Cela inclut les parents, le personnel enseignant ou les éducateurs. 

Elle souhaite également que le concept soit «reconnu dans le domaine médical». «Il faut que ça devienne un réflexe» de poser des questions sur l’utilisation d’Internet pour que les jeunes soient référés aux bonnes ressources.

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QU'EST-CE QUE LA CYBERDÉPENDANCE?

La cyberdépendance est «une utilisation des technologies ou des moyens de communication offerts par Internet qui engendre des difficultés chez l’individu […] Cette surutilisation amènerait un sentiment de détresse et des difficultés au niveau psychologique, social ou professionnel».

Il existe différents types de cyberdépendance :

  • Les activités sexuelles en ligne (cybersexe)
  • Les jeux en ligne (jeux vidéo ou de hasard)
  • Les cyberrelations (sites de rencontre) 
  • La quête d’information (surfer sur le Web)

Source: Centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval