Les trois actes médicaux actuellement réservés aux médecins que le ministre Gaétan Barrette veut confier aux infirmières praticiennes spécialisées sont : amorcer des traitements médicamenteux pour les maladies chroniques; effectuer des demandes de consultation auprès des médecins spécialistes; et procéder au congé médical du patient hospitalisé.

Barrette veut donner plus de pouvoirs aux super infirmières

Les infirmières praticiennes spécialisées doivent pouvoir poser trois nouveaux actes actuellement réservés aux médecins, dont initier des traitements pour les maladies chroniques, a réitéré le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dans une lettre adressée au président de l'Office des professions, Jean-Paul Dutrisac, et dont Le Soleil a obtenu copie.
Dans cette missive datée du mois de juin, le ministre Barrette fait part de ses commentaires concernant le projet de mise à jour du Règlement sur les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) publié en avril par l'Office des professions. 
«Au plan stratégique 2015-2020, le MSSS a énoncé trois orientations importantes, dont celle d'offrir des services et des soins accessibles, intégrés et de qualité au bénéfice des usagers. C'est donc en cohérence avec cette orientation que je souhaite voir certaines modifications» être apportées au projet de règlement, écrit le ministre de la Santé.
Les modifications proposées par le ministre Barrette concernent principalement l'ajout de trois activités médicales qui devraient selon lui pouvoir être réalisées par les IPS : amorcer des traitements médicamenteux pour les maladies chroniques (le diabète, l'hypertension, l'hypercholestérolémie et les maladies respiratoires chroniques, par exemple), effectuer des demandes de consultation auprès des médecins spécialistes et procéder au congé médical du patient hospitalisé. 
Le ministre Barrette avait déjà fait part de ses souhaits dans une lettre adressée au Collège des médecins du Québec (CMQ) en août 2016. Dans cette missive, le ministre se disait «surpris» que le CMQ ait notamment refusé de consentir à inclure le droit d'initier des traitements pour les maladies chroniques courantes dans le nouveau règlement sur la pratique des IPS. «Nous en avions explicitement fait la demande, de même que [pour] le congé du patient hospitalisé ayant été suivi par une IPS», écrivait le ministre. 
«Je réitère l'importance que ces activités fassent partie du champ d'exercice de l'IPS comme cela se fait dans les autres provinces du Canada. Le Québec se doit d'être moderne et suivre les grandes tendances canadiennes et mondiales», écrivait le ministre de la Santé. 
Du ressort des ordres professionnels
Au cours des derniers jours, le ministre Barrette a essuyé les attaques de l'opposition officielle, qui lui reproche de ne pas faire assez de place aux IPS et de les maintenir en état de dépendance aux médecins. 
En chambre, mercredi, la députée Diane Lamarre a déploré que la mise à jour du Règlement sur la pratique des infirmières praticiennes spécialisées «va les empêcher encore de poser des diagnostics, de commencer à traiter des maladies chroniques, de référer directement des patients à un spécialiste sans qu'elles n'aient besoin de passer par un médecin de famille». 
«Est-ce que le ministre va appliquer notre solution et demander à ce que le règlement modifié puisse permettre de régler des problèmes concrètement pour leurs patients sans être obligés de les référer toujours à un médecin de famille», a demandé la porte-parole du Parti québécois en matière de santé.
Le ministre de la Santé a répondu que les champs de pratique relevaient des ordres professionnels et qu'il ne pouvait pas s'ingérer dans leur fonctionnement et leurs prérogatives.
Ce que nous a réitéré jeudi l'attachée de presse du ministre, Julie White. «On n'a pas le pouvoir de changer ça [les champs de pratique]. Mais nous, c'est sûr qu'on reconnaît l'importance et l'autonomie des IPS», a insisté Mme White, tout en rappelant que Québec s'était engagé à former 2000 IPS d'ici 2024. 
Ces professionnelles, a-t-elle ajouté, pourraient jouer un rôle prépondérant dans les CHSLD, qui manquent cruellement de médecins. «Les IPS pourraient prendre en charge certains soins et services. Pour nous, ce qui est important, c'est que les différents professionnels travaillent en interdisciplinarité», a dit Mme White. 
Objection du Collège
Si les demandes du ministre Barrette, qui reprennent en partie celles de l'Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, ne se retrouvent pas dans le projet de règlement de l'Office des professions, c'est parce que le CMQ n'y aurait pas consenti, a-t-on compris. 
L'ordre professionnel n'a pas voulu commenter le dossier publiquement. «Ce règlement récemment adopté par les conseils d'administration du Collège des médecins et de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec est maintenant entre les mains de l'Office des professions, qui a le pouvoir de le modifier. Afin de ne pas nuire au processus de consultation en cours, le Collège réservera ses commentaires jusqu'à ce que ce règlement soit approuvé par le gouvernement», a indiqué la porte-parole du CMQ, Leslie Labranche.
«Le Collège est très ouvert à l'intégration des IPS dans le système de santé québécois et y travaille activement», a-t-elle assuré.