Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette

Barrette invité à mettre ses culottes devant les médecins

La critique de l'opposition officielle en matière de santé invite le ministre Gaétan Barrette à mettre ses culottes : qu'il adopte une loi pour forcer les médecins à lâcher des pouvoirs au profit des autres professionnels de la santé, dont les infirmières.
Le Soleil révélait vendredi que le ministre de la Santé invite ses collègues médecins à jeter du lest, notamment en permettant aux «super infirmières», les infirmières praticiennes spécialisées, d'en mener plus large. Gaétan Barrette évalue qu'elles sont en mesure d'amorcer des traitements pour les maladies chroniques, d'effectuer des demandes de consultation auprès des spécialistes et de procéder au congé du patient hospitalisé. Il ne veut toutefois pas forcer la main aux docs, les invitant à prendre l'initiative.
«Ça prend du courage», le pique la péquiste Diane Lamarre, en entrevue téléphonique. «De toute évidence, il faut un coup de barre.»
La députée de Taillon est d'attaque : «On est vraiment dans le maintien d'une dépendance aux médecins. [...] C'est vraiment un maintien dans un modèle dépassé qui ne sert plus les Québécois. Les Québécois ont assez subi de conséquences du maintien de ce modèle-là. Malheureusement, le ministre n'est pas capable de faire en sorte qu'il va contrer ces façons de faire qui sont préhistoriques.»
En verve, elle ajoute : «On est toujours obligé de voir deux professionnels quand on veut régler des situations. On a de l'argent au Québec à dépenser inutilement.»
Sa solution? «Il faut, à un moment donné, faire confiance à d'autres professionnels.» Et puisque chacun veut conserver ses pouvoirs, il faudra imposer la réforme par une législation, évalue-t-elle. «Ça prend un ministre courageux qui va faire en sorte que les champs de compétences s'élargissent.»
Ça pourrait signifier que les infirmières praticiennes seront en mesure de diagnostiquer des problèmes de santé courants, illustre Mme Lamarre. Ou que les ergothérapeutes pourront signer eux-mêmes l'autorisation de conduire des aînés qu'ils évaluent pour la Société de l'assurance automobile du Québec.
«Comment expliquer que dans toutes les autres provinces ça se fasse et qu'on ne considère pas qu'on compromet la sécurité des gens sauf au Québec, c'est inexplicable. Sauf par le fait qu'au Québec on maintient davantage une dépendance des professionnels par rapport aux médecins.»