L'étude n'a pas été en mesure de déterminer la proportion d'enfants diagnostiqués d'autisme qui finiront par voir disparaître leurs symptômes.

Autisme chez les jeunes enfants: controverse sur les traitements

La stimulation intensive des enfants autistes d'âge préscolaire suscite une vive controverse sur l'efficacité ou non de ce traitement.
À la suite de la publication dans Le Soleil, la semaine dernière, d'un reportage sur la hausse fulgurante des cas d'autisme au Québec, un groupe de spécialistes et de psychologues s'est inscrit en faux contre des propos de la Dre Chantal Caron.
La psychiatre et chef du programme autisme à l'Hôpital de Rivière-des-Prairies, à Montréal, avait émis des doutes sur l'efficacité de ce qu'on appelle les interventions comportementales intensives (ICI) ou la stimulation intensive à raison de 20 à 40 heures par semaine.
«Malgré ce que véhicule la Dre Caron, ceux parmi nous qui oeuvrent auprès des personnes ayant un TSA [trouble du spectre de l'autisme] et leurs proches sont quotidiennement témoins des bienfaits des programmes d'ICI», peut-on lire dans la lettre de réplique transmise au Soleil. Parmi les signataires de la lettre, il y a la présidente de l'Ordre des psychologues, Rose-Marie Charest, et le directeur général de la Fédération des centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement, Claude Belley.
On ajoute que les sessions de stimulation intensive font «constamment la preuve que ces programmes sont efficaces et nécessaires pour un développement social et comportemental optimal des enfants en bas âge ayant une TSA». De plus, on est convaincu que ces interventions précoces permettront aux enfants autistes d'être tout de même capables de vivre en société au cours de leur vie.
Ces spécialistes et psychologues s'appuient sur «les conclusions non équivoques de nombreuses études dont celle de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) dans un avis paru en septembre 2013 s'appuyant sur plusieurs méta-analyses récentes et portant sur l'efficacité de ce type d'intervention».
Le groupe presse le gouvernement d'augmenter les ressources pour offrir davantage de sessions de stimulation intensive.
Preuve insuffisante
En réponse à la lettre du groupe de spécialistes et de psychologues, la Dre Caron a maintenu sa position sur le manque de preuves scientifiques de l'efficacité de la stimulation intensive. En appui à ses dires, elle cite des extraits de la même étude de l'INESSS. «C'est donc que même si des études rapportent les effets bénéfiques de l'ICI, la force de l'évidence scientifique est faible», a-t-elle avancé.
En outre, la médecin a contredit l'affirmation voulant qu'une intervention en bas âge aidera à prévenir l'apparition de troubles graves de comportement à l'âge adulte. «Il n'existe aucune donnée permettant de supporter cette assertion que l'ICI a un pouvoir de prévention des troubles graves de comportement et d'autres troubles de santé mentale à l'âge adulte», a-t-elle soutenu.
À la page viii de l'avis de l'Institut, on indique que «le nombre insuffisant d'études disponibles et leur qualité généralement faible ne permettent pas de se prononcer avec certitude sur l'efficacité des interventions». Malgré ce constat, l'organisme qui relève du gouvernement québécois recommande que la stimulation intensive soit l'intervention privilégiée pour les enfants d'âge préscolaire.
Bémols
Tout en mettant des bémols sur l'efficacité de la stimulation intensive, la Dre Caron ne se prononce pas contre ni en faveur de ce type de traitement. Elle reconnaît le travail effectué par les dispensateurs d'ICI et d'autres interventions pour les jeunes enfants autistes.
Compte tenu des budgets limités pour des services, la psychiatre n'est pas convaincue qu'il faut miser avant tout sur la stimulation intensive. «Est-ce que l'état des connaissances scientifiques nous permet actuellement de recommander à nos décideurs de mettre de l'avant une offre de service plutôt qu'une autre concernant l'intervention précoce en autisme», a-t-elle demandé.
Qui plus est, ce choix budgétaire limitera les services pour les autres groupes d'âge avec comme conséquence l'allongement des listes d'attente dans les centres de réadaptation. «Il n'y a plus d'argent pour les adultes [autistes] et presque plus pour les enfants d'âge scolaire. On donne des services le temps qu'ils entrent à l'école et après ça, ils n'en ont plus», a-t-elle déploré, au cours d'une entrevue.
Miser sur la formation des parents
Au lieu de la stimulation intensive des enfants autistes, un psychiatre privilégie la formation des parents pour les aider à communiquer et à interagir avec eux.
«Les recherches sur les prises en charge par les parents arrivent à des résultats assez voisins de ceux de la stimulation intensive», a commenté, hier, le Dr Laurent Mottron. Ce chercheur qui s'est spécialisé depuis 30 ans sur les cas d'autisme est un collègue de la Dre Chantal Caron.
«Il y a un travail de psychoéducation des parents à faire qui peut prendre plusieurs mois mais qui ne représente pas 40 heures par semaine comme pour la stimulation intensive. Ce sont des formations qui peuvent se faire par groupe. On peut faire du coaching des parents, leur montrer comment interagir avec les enfants», a-t-il affirmé.
La formation des parents par un personnel hautement spécialisé serait moins coûteuse que les interventions comportementales intensives (ICI). «On est très très loin des 30 heures par semaine pendant cinq ans avec les ICI, Ce n'est pas dans le même ordre de prix et c'est plus personnalisé pour les parents», a ajouté le médecin. De plus, avec les économies, on pourrait donner des services aux autistes d'âge scolaire et adultes.
Par ailleurs, il déplore vivement que les enfants autistes, peu importe la gravité de leur maladie, reçoivent le même niveau de services dès que le diagnostic est confirmé. «C'est une ânerie monumentale. On est dans une espèce d'aberration, de dogmatisme, de rigidité, où le diagnostic prime tout. Or, actuellement, un diagnostic d'autisme, vous en avez les neuf dixièmes qui ont une intelligence normale, qui n'ont pas besoin de ce type d'intervention», a soutenu le Dr Mottron.
Il préconise des niveaux de service gradués en fonction de la gravité des cas. «Le gouvernement n'a pas les moyens d'assumer tous ces services. Il y a 18 mois d'attente actuellement dans les centres de réadaptation. L'enveloppe d'argent consacré à l'autisme doit être réparti sur tous les âges de la vie. Or, l'intervention précoce bouffe la totalité des fonds.»
***
La lettre de la Dre Caron et celle du groupe de spécialistes et de psychologues peuvent être lues sur notre site Web à la section de l'opinion du lecteur.