Au bureau du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, on attend les conclusions du conseil consultatif créé la semaine dernière avant de se prononcer.

Assurance-médicaments fédérale: Ottawa ne promet pas de compensation à Québec

OTTAWA — Le gouvernement fédéral n’offre aucune garantie au gouvernement québécois qu’il obtiendra une compensation financière si Ottawa décide de mettre sur pied un régime d’assurance-médicaments à l’échelle nationale.

Au bureau du ministre des Finances, Bill Morneau, on a refusé de spéculer là-dessus, arguant qu’il serait prématuré de se prononcer avant de savoir quelles seront les recommandations du conseil consultatif créé la semaine dernière.

«On garde un esprit ouvert, et on attend les recommandations du conseil consultatif. On fera le tout, bien sûr, dans le respect total des compétences provinciales», a écrit dans un courriel son directeur des communications, Daniel Lauzon.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, prévenait mercredi dernier que le gouvernement québécois réclamerait de l’argent au fédéral si ce dernier allait de l’avant en instaurant un régime d’assurance-médicaments national.

Invité à se prononcer sur cette requête dans une entrevue diffusée deux jours plus tard sur les ondes de la radio de CBC, Bill Morneau a répondu en demandant, en boutade, si Québec voulait de l’argent pour «la propriété intellectuelle» (du régime québécois déjà en place).

Le directeur des communications du ministre a précisé que ce commentaire avait été «fait à la blague». Il a insisté sur le fait que le projet de créer un régime national d’assurance-médicaments n’en était qu’à ses balbutiements.

Rien n’est effectivement encore fait, le conseil mis sur pied par Ottawa devant remettre ses recommandations au printemps prochain, alors que poindront à l’horizon les élections fédérales, prévues en octobre 2019.

Mais le gouvernement Trudeau a lancé mardi dernier, dans son budget, l’idée de calquer un régime à l’échelle du pays en s’inspirant du modèle québécois. Et le premier ministre Couillard a réagi dès le lendemain en signalant ses intentions.

«Si un jour le reste du Canada veut se doter d’une assurance-médicaments comme on a, qui couvre tout le monde, à ce moment-là, on va dire: “Bien écoutez, compensez-nous pour l’effort qu’on a fait depuis le début”», tranchait-il mercredi dernier.

«Il faut quand même réaliser que le Québec l’a fait à ses frais depuis de nombreuses années», ajoutait-il.

Le comité consultatif fédéral sera présidé par l’ancien ministre de la Santé du gouvernement libéral ontarien, Eric Hoskins, qui avait remis sa démission la veille du dépôt du budget Morneau afin d’en prendre les rênes.

Selon le décret gouvernemental adopté le 27 février, l’ancien élu de Queen’s Park empochera entre 675 $ et 800 $ par jour. Il travaillera à temps partiel, a précisé Thierry Bélair, l’attaché de presse de la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor.

Le geste posé par les libéraux semble s’inspirer directement de la plateforme du Nouveau Parti démocratique (NPD), où l’on milite depuis des années en faveur de la création d’un régime d’assurance-médicaments universel à l’échelle du pays.

Le chef de la formation, Jagmeet Singh, ne s’en est pas formalisé outre mesure — car selon lui, le gouvernement n’a aucune réelle intention de livrer la marchandise. Il a pointé l’absence de sommes au budget pour appuyer son point de vue.