Ghislain Leblond, en fauteuil roulant depuis 15 ans, est de ceux qui souhaitent obtenir l’aide médicale à mourir lorsqu’il n’en pourra plus de vivre prisonnier de son corps.

Aide médicale à mourir: l'ex-sous-ministre Ghislain Leblond implore Québec d'agir

Atteint d’une maladie neurodégénérative et cloué dans un fauteuil roulant depuis 15 ans, Ghislain Leblond suit avec indignation le combat juridique mené par Nicole Gladu et Jean Truchon pour faire changer les critères de l’aide médicale à mourir.

Selon lui, Québec doit non seulement harmoniser sa loi avec celle du gouvernement fédéral, mais aussi prendre à sa charge la contestation devant les tribunaux de la fameuse clause portant sur la «mort naturelle raisonnablement prévisible». 

«Que deux personnes si hypothéquées par la vie soient obligées de s’exhiber comme des animaux de cirque, c’est d’une tristesse incroyable», déplore en entrevue l’ancien sous-ministre de l’Industrie.

Ghislain Leblond est de ceux qui souhaitent obtenir l’aide médicale à mourir lorsqu’il n’en pourra plus de vivre prisonnier de son corps. Car c’est ce qui l’attend, lui qui ne peut plus compter que sur l’usage d’environ 60 % de son bras droit pour accomplir les innombrables petits gestes quotidiens. 

Les premiers symptômes de la maladie, qui ressemble à une forme très lente de la sclérose latérale amyotrophique, mais qui n’a jamais été diagnostiquée — «Je suis un mystère médical!» —, sont apparus quand M. Leblond était dans la vingtaine. La paralysie, progressive, l’a forcé à arrêter de travailler à l’âge de 48 ans. Aujourd’hui, le septuagénaire a besoin d’aide «24 heures sur 24». 

«L’idée de me retrouver prisonnier de mon corps avec toute ma tête, ça m’est inacceptable. Quinze ans en fauteuil roulant, c’est long», laisse tomber M. Leblond, ajoutant du même souffle que son sort «n’est rien» à côté de celui de Nicole Gladu ou de Jean Truchon. «J’ai de l’aide, je suis bien accompagné. […] En fait, le plus dur, c’est d’être dépendant des autres», notamment de son épouse, dit-il avec émotion.

Dans une lettre ouverte qu’il a fait parvenir au Soleil, Ghislain Leblond déplore que la loi québécoise sur les soins de fin de vie soit plus restrictive que la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir. Il en a plus particulièrement contre la notion de «fin de vie» retenue par Québec, alors que le principe retenu par la Cour suprême et repris dans C-14 est celui de «souffrances persistantes et intolérables». 

Refus d’harmoniser

«Malgré les pressions venant de toutes parts […], le Québec a systématiquement refusé d’harmoniser sa loi. Par un calcul électoral des plus bas et des plus vils, Philippe Couillard a préféré laissé à leur propre sort les Gladu et Truchon du Québec plutôt que de risquer quelques votes à la prochaine élection», dénonce-t-il.

Victime de sa propre «turpitude», le gouvernement du Québec se voit donc forcé de se «liguer» avec Ottawa «contre ces deux personnes parmi les plus vulnérables de notre société», s’indigne M. Leblond. «Nous voilà, délibérément et sans aucune justification, complices du fait que ces deux maltraités du hasard soient forcés d’entreprendre un véritable chemin de croix juridique qui les amènera après plusieurs années jusqu’à la Cour suprême», résume-t-il.

Le septuagénaire presse Québec d’harmoniser d’une part sa loi avec celle du gouvernement fédéral et, d’autre part, de libérer les citoyens vulnérables de ces inhumains combats devant les tribunaux en prenant à sa charge la contestation de la «mystérieuse» clause sur la «mort naturelle raisonnablement prévisible» directement devant la Cour d’appel. «Si le gouvernement du Québec avait agi quand c’était le temps, on serait déjà devant la Cour suprême. On aurait sauvé du temps», dit-il. 

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec s’était montrée ouverte à élargir l’aide médicale à mourir après avoir mené un processus de consultation. Au cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, on promet toujours d’examiner «sérieusement» cette question de l’élargissement, mais aussi celle de l’harmonisation des lois fédérale et provinciale. 

L’attaché de presse de la ministre McCann, Alexandre Lahaie, rappelle que le gouvernement est en attente de deux rapports. Le premier, qui fera le bilan des trois ans de la loi sur les soins de fin de vie et examinera les cas de refus d’aide médicale à mourir, sera déposé en janvier. L’autre rapport, attendu pour le printemps, portera sur les demandes anticipées d’aide médicale à mourir. 

«Il y a une réflexion qui est en cours et qui demande plusieurs étapes. Il faut faire les choses dans l’ordre. Une fois qu’on aura lu et analysé les rapports, c’est sûr qu’on n’agira pas de façon unilatérale. On va écouter la population, le milieu...» dit M. Lahaie.