Le Québec rembourse quelque 800 millions $ en génériques par le biais de son régime général d'assurance médicaments. Au cours des derniers mois, l'industrie a offert de réduire cette facture de 300 millions $ annuellement pendant cinq ans.

Achat de médicaments génériques: négos de la dernière chance

Le ministre Gaétan Barrette n'aura aucune hésitation à exécuter sa menace d'acheter les médicaments génériques par appel d'offres si l'industrie pharmaceutique ne baisse pas ses prix à son goût.
En soirée, mardi, les négociations de la dernière chance entre le ministre de la Santé et l'industrie se poursuivaient. Plus tôt en journée, M. Barrette se félicitait de l'effet persuasif que le spectre de l'appel d'offres a eu sur ses interlocuteurs. 
«Je suis tout à fait disposé à aller de l'avant avec mon appel d'offres, a réitéré M. Barrette, à l'entrée du conseil des ministres. Il est écrit et il était censé être publié samedi.»
Le Québec rembourse quelque 800 millions $ en génériques par le biais de son régime général d'assurance médicaments. Au cours des derniers mois, l'industrie a offert de réduire cette facture de 300 millions $ annuellement pendant cinq ans. 
«Il n'y a aucun doute que l'appel d'offres a généré cette prise de position, a dit M. Barrette. On les paie trop cher, les médicaments. Si l'industrie me fait une proposition de 1,5 milliard $ sur cinq ans, c'est la démonstration qu'on paie les médicaments trop cher. C'est clair. Autrement, ils ne feraient pas cette offre.»
Après le retrait de leur proposition, les pharmaceutiques sont revenues à la charge vendredi dernier, à la veille du dépôt de l'appel d'offres. «Ils arrivent avec une proposition intéressante, mais qui n'est pas finalisée», a dit M. Barrette. Il se donnait la journée de mardi pour en arriver à un compromis. «L'échéance est aujourd'hui [mardi], a assuré M. Barrette. Il y a eu des échanges en fin de semaine, mais à un moment donné, ça fait. Soit l'appel d'offres part, soit il y a une entente avec l'industrie. On va voir.»
L'Association canadienne du médicament générique a refusé de commenter, mardi. Au cours des derniers jours, elle a fait valoir que le processus d'appel d'offres augmentait le risque de pénurie et mettait en péril de nombreux emplois dans l'industrie. 
L'Ordre des pharmaciens, ouvert à une réduction des prix, a prévenu que le changement de médicaments pouvait bouleverser des patients pour lesquels le dosage a été difficile à trouver. 
Appel d'offres mal conçu
Si d'autres provinces canadiennes se sont cassé les dents avec le processus d'appel d'offres, M. Barrette croit que c'est parce que ceux-ci ont été mal conçus. «L'appel d'offres qu'il ne faut pas reproduire est sur une, deux, ou trois molécules, estime-t-il. C'est sûr que c'est obligatoirement destiné à l'échec. Ça m'a surpris quand ça a été fait.»
L'utilisation de l'appel d'offres a été rendue possible par l'adoption fin 2016 d'une loi visant à réduire le coût de certains médicaments. 
Une enquête menée par la Régie de l'assurance maladie en 2014 sur 23 médicaments génériques parmi les plus vendus a montré des écarts entre 63 % et 97 % entre le prix d'achat et le prix de vente en pharmacie.