Accoucher à l'hôpital: choix ou obligation?

Les femmes subissent-elles trop de pression pour qu’elles accouchent à l’hôpital? C’est du moins ce que pense l’auteure et blogueuse belge Marie-Hélène Lahaye dans son livre «Accouchement : les femmes méritent mieux». Elle remet également en question certaines pratiques comme le recours à l’épidurale.

Mme Lahaye s’est d’abord fait connaître en 2013 lorsqu’elle a lancé son blogue Marie accouche là après avoir donné naissance à son premier enfant. Avec cette plateforme, elle cherche à dénoncer les actes «inutiles» posés sur les femmes durant l’accouchement.

De passage au Québec pour y donner des conférences, la juriste de formation, qui a donné naissance avec l’aide d’une sage-femme, se questionne sur ce que ce doit être pour une femme enceinte de se plier aux contraintes de l’hôpital pour accoucher.

«Dans le meilleur des cas, oui ça s’est bien passé, dit-elle. Dans le pire des cas, ce sont vraiment des traumatismes beaucoup plus profonds, soit des maltraitances ou violences qui se traduisent notamment par des dépressions post-partum et par des syndromes de stress post-traumatique.»

Elle explique que dans son entourage, des femmes lui ont raconté avoir vécu leur accouchement comme un viol en raison d’intrusions sur et dans leur corps.

Sans vouloir inciter les femmes à délaisser l’hôpital, Mme Lahaye assure que la médecine est tout à fait utile et recommandable pour les accouchements qui sont à risque de complications. «L’idéal, c’est que pour les 90% qui se passent bien, on puisse tout simplement accompagner ces femmes de façon respectueuse pour leur permettre d’accoucher dans les conditions qu’elles souhaitent, et ce sera une expérience positive et valorisante.»

«Je ne suis pas contre la médecine», note-t-elle, pourvu que la décision d’accoucher à l’hôpital soit prise au souhait de la mère.

«Il y a une pression insidieuse de la société» pour que les femmes choisissent l’hôpital, poursuit-elle. «On dit aux femmes […] : “Oui, mais attention les risques, la peur, les médecins qui n’écoutent pas, ils font peur”. Alors elles se sentent poussées d’accoucher à un endroit qu’elle ne souhaitait pas au départ uniquement parce qu’elles finissent par avoir peur.»

Marie-Hélène Lahaye

Pratiques «contre-productives»

Marie-Hélène Lahaye juge également que les hôpitaux utilisent des pratiques «contre-productives» lors des accouchements comme le recours à l’épidurale.

Au Québec, plus de 72% des femmes ont recours à cette anesthésie pour les accouchements vaginaux, soit 12% de plus que l’Ontario voisine (60,3%) et près de 14% par rapport à l’échelle nationale (58,6%), selon les derniers chiffres de l’Institut canadien d’information sur la santé.

«Pourquoi souffrir quand on a une possibilité de ne plus souffrir?», ironise l’auteure, qui déplore le fait que les établissements de santé vendent la médication comme l’antidote à la souffrance.

Mme Lahaye se questionne sur l’intérêt des femmes à recevoir l’épidurale si elles s’y font pousser par les soignants «qui disent eux-mêmes que grâce à l’épidurale maintenant, ça permet de travailler dans des salles silencieuses» et par leur conjoint «qui, ne supportant pas ce spectacle, finissent par faire pression».

«Ça reste une belle invention et très utile pour toute une série de femmes, mais chaque fois il faut se poser la question : “est-ce que c’était leur choix?”», précise-t-elle en défendant les femmes qui souhaitent vivre pleinement les sensations de l’accouchement.

Marie-Hélène Lahaye croit que sa tournée de la province, dont une visite est prévue à Québec lundi, est «l’occasion de se mettre en réseau» pour «contester ce pouvoir médical qui est omniprésent au moment de l’accouchement et pour aller vers quelque chose de plus respectueux des femmes».

Déjà, elle voit des améliorations en Europe, principalement en France, où a été déposé un rapport, en juin 2017, au Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes, au sujet des «violences obstétricales». «Qu’on utilise ce terme auparavant tabou, c’est en quelque sorte une révolution», se réjouit Mme Lahaye, qui espère que cette prise de conscience se répande dans le monde.